IIISTOIHE SOCIALISTE 1"87 près. Le huitième enseignement, donné rue :llonsigny tous les lundis soir, s'adressait à un petit nombre d'ouvriers choisis. Enfin un enseignement en langue italienne avait été organisé à la salle Taitboul. Tous ces enseignements étaient suivis anc assidui~ par un public attentif, avide de savoir. Ceux qui le dispensaient étaient presque tous préparés par de forl.cs études à exercer une influence sur les esprits. Citons parmi IPSorateurs principaux, Barrault, professeur de littérature à l'Ecole Polytechnique. Comment n'eût-il pas ému le public lorsqu'il lui lançait des apostrophes telles que celle-ci : « Pendant que notre raison pèse avec une orgueilleuse lenteur, scrute a,·cc une minutieuse complaisance les moindres détails de l'ordre social qur nous apportons, n'entendez-vous pas les cris de douleur ou de rage, les gémissements, les cris étouttés et le râle de tant d'infortunés qui souffrent, se désolent, languissent, expirent? Ecoutez, écoulez, enfin!» El, s'adressant aux • entanls des classes privilégiées,» avec une Yél,émence inspirée de prophète antique, il leur prouvait leur solidarité a...-ecles misérables, il proclamait la responsabilité des hcurc1Lxdans la détresse de ceux qui les nourrissent. '.\ous avons donné dans un précédent chapitre celle célèbre apostrophe. Tant qu'il demeurera dans le monde un être vivant du traYail et de la peine d'autrui dans la joie et l'insouciance, l'appel de 13arrault pi:srra sur sa conscience. Barrault, lorsque la doctrine lui inspirait de tels mouvements, élail bien le fils, par le cœur et par l'esprit, de Saint-Simon, devant qui les sarnnls euxmêmes ne lrouYaient pas grâce, dans leur œu,·re d'enrichissement de l'avoir humain, puisque seuls les privilégiés avaient part à celte richesse et que la science était sans philosophie et sans morale, ne faisait rien même pour empêcher les hommes de s'entretuer. « Rien, que dis-je! s'écriait-il. C'est Yous qui perfectionnez les moyens de destruction. • Imaginez le discours de Barrault avec« l'entrainement de la parole, la puissance du geste et de la voix• qui étaient les caractères de son talent et faisaient de lui un orateur de premier ordre, et vous vous rendrez compte qu'Enfantin ne demi t pas exagérer lorsqu'il écrivait à Duveyrier, à propos de ce discours : « Hier, crfct prodigieux del3arrault surie public, applaudissements à tout rompre quand il dit de jurer. Sanglots, larmes, embrassements, tout le monde en émoi!• :llais le pontife suprême de.la doctrine ne se faisait pas illusion sur cesmouvements d'enthousiasme. • Et qu'en sort-il souvent? disait-il, jusqu'ici du vent.» C'était surtout parmi les professeurs et les anciens élèves de l'Ecole Polytechnique que se recrutaient les propagandistes saint-simoniens. Laurent, qui y enseignait la philosophie, était un polémiste incisif. C'est lui qui rédigea l'article que nous avons cité sur l'hérédité de la pairie. Plus connu par la suite sous le nom de 'Laurent (de l\\rdèche), il entra dans la politique, se rallia au second Empire et couvrit de ses anathèmes la Commun·c, à laquelle il ne comprit rien, taule d'avoir
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