Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

94 IIIST0111E SOCIALlSTE C'était le temps où il disait à quelques jeunes républicains« que la couronne d'or t·•tait rop froidt'en hi,·cr ot trop cbaude ('11 été, un scepl1'etrop low·d pours'en ::;erYrilo'mrnearme, ll·op court pour un appui, et qu'un chapeau rond en foutre et. un bon parapluie étaient beaucoup plus utiles en cc lcmps ,,. li ne s'était décidé, on le sait, à quiUcr sa demeure c11apparence bourgeoise du Palais-Royal,que sur l'obserrnlion qui lui fut faite qu'on ne le croirait point roi tant qu'il n'ltabile,·ait pas les Tuileriês. li mil alors une hâle Yérilablement puérile à déménager. Hoi constitutionnel, il exerça en réalité un P.Ouvoirpersonnel bien plus actil el plus réel que son prédccesseur, étant plus intelligent et surtout plus habile. ,hcc Dupont (de l'Eure), dont les senlimenls s'exagéraient de brusquerie, il dut a,·aler bien des coulcu\'res. D'autre part, Laffilte l'avait fait roi, et ne l'oubliait pas ni ne le lui laissait oublier, très fier d'être auprès du peuple le répondant du roi cl auprès de celui-ci le délégué de la révolution bourgeoise. La rclrailevouluc des doctrinaires du cabinet au mom0 nt des émeutes caus<'cs par le procès desministres avait décidé Oupont(de i'Eure) à laisser à Laffitte seul les responsabilités et les soucis du pouvoir. li consentit cependant à !aire partie du ministère. La Chambre ne paraissait pas disposée à faciliter la lâche de Laffitte, au conlraire. Elle seconda de son mieux les doctrinaires, dont le plan était de laisser le cabinet aux prises avec les derniers soubresauts de la révolution, afin que les hommes du mouvement perdissent dans l'exercice du pouvoir et les mesures d'ordre nécessaires le crédit qu'ils avaient encore auprès du public. De l'aveu même de ~I. Thurcau-Dangin, Louis-Philippe servitcetle manœuvre habilc,s'il ne l'inspira pas, en prodiguant les marques de confiance et d'amitié aux hommes du mouvement et en manileslant une réserve pr0chc de la froidew· aux hommes de la résistance. Les émeutes du procès des ministres fournirent aux menew'S de la résblance une excellente occasion de libérer le roi du patronage dangereux de Lafayette. La boutique était lasse des agilationsdc larue,et on avait su manier à propos l'épou. vantail républicain, en lui montrant l'artillerie de la garde nationale aux mains des rouges. Elle laisserait donc, si on savait s'y prendre, sacrifier sans trop rechigner, l'idole de la veille. Le 23 décembre, après avoir volé des félicitations à la garde nationale sur la proposition de Dupin ainé, la Chambre supprimait la fonction de commandant général des gardes nationales du royaume. Les auteurs de la proposition avaient bien manœuvré; ils ne semblaient pas faire une loi de circonstance, puisquecetle proposition s'était produite au cours de la discussion de la loi réorganisant la garde nationale et qu'elle ne devait recevoir son effet <Juelorsque cette loi organique serait volée par les deux Chambres et promulguée. De plus, ils avaient comblé Lafayotlc d'éloges hyperboliques et exprimé le vœu qu'il conservât ses fonctions jusqu'à ce que la loi fut promulguée. Nul argument valable ne pouvait d'ailleurs leur être opposé. Quel pouvoir e,H pu, en effet, se maintenir dans la sécurité du lendemain en race d'une semblable autorité, à la fois civique et militaire.

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