68 IJISTOIHE SOCIALISTE famille que grâce aux secours privés el publics. Dans quelle proportion sont, au regard des huit millions d'ouwiers industriels et agricoles, ceux qui doivent recourir à la charité ? \"oilà qui est difficile à établir. Les écriYains conscrvateuJ's ont trop intérêt à en exagérer le nombre, afin de forliÎler leur polémi<1uecontre le régime industriel, pour qu'on les croie sur leur affümation. llenoiston de Châteauneuf compte en France cinq millions d'indi- . gents, cl un rédacteur du Courrier de l'Europe élève cc chiffre à dix millions. Le baron de .\Joroguc., <1uiaYoue ses préférences pour le régime agricole, mais se défend a,·ce énergie d'être un féodal, estime que le chiffre des indigents s'élhc à deux millions environ. \ïllcnc11Yc-13argcmont l'évalue à un million cl demi; ï6ï.2 1,5 pour les Yilles et 819.195 pour les yiflcs. Buret, de son côté, ne trouve que 1.120.961 indigents inscrits. J'estime pour m~part ces derniers chiffres un peu faibles. Dominé par son préjugé contre l'industrie et son amour du bon vieux temps ·et de la douce vie rurale, \ïllencuve-Bargemont n'a pas aperçu que le nombre des indigents réels, sinon officiels, dnait être beaucoup plus considérable dans les campagnes qu'il ne Jedit. Autrement, on ne s'expliquerait pas l'exode continu des campagnes v,,rs le, villes, au fur el à mesure du développement de.l'industrie. Ces lissages et ces matures dont nous wnons d'indi<1ucr les salaires ne sonl pas peuplés d'ouvriers des villes, mais de prolétaires agricoles chassés par la faim. D'un tableau cires.si'par le statisticien Balbi en 1830, il résulte que sept millions et demi de Français n'ont à dépenser que 25 cènlimcs par jour.sept millions et dcm; lrcnle-trois centimes, sept m_illionscl demi quarante cl un centimes, et trois millions cinquante-cinq centimes. Soit vingt-six millions d'être humains, sur trente et un, condamnés à se suffire avec un revenu de cinq à onze sous par jour. Ces chiffres, dit Pecqueur, qui les reproduit en 1839, • personne jusqu'à présent n'a pu en con tester les bases ». Pour nous en tenir à la misère industrielle, qui fait d'ailleurs supposer amplement cc qu'est la misère agricole, puisqu'on fuit celle-ci pour tomber dans celle-là, nous constatons qu'à la veille des journées de juillet le département du :Xord, dont la population e~t d'un peu moins d'un million d'habitants, compte,au dire du baron de Morogues, 150.000 indigents dont 8.000 mendient leur pain. Pecqueur élève ce chiffre à 220.000. Dans son enquête, Villermé parle d'un füateur de Rouen qui « a trouvé en 1831 que, sur cent ouvriers supposés continuellement employés dans sa filature de colon, soixante et un, c'est-à-dire les deux tiers, ne gagnaient pas assez pour se procurer le strict nécessaire. » Et cc strict nécessaire, \'illcrm~ l'évalue de 70 à à 9o centimes par jour, pour la nourriture d'un ouvrier,• alors qu'il vit forcément avec trois ou quatre sous de pain et trois ou quatre sous de pommes de terre.• \ïllencuvc-Bargcmont arforme que le nombre des indigents à Paris atteint le septième de la population totale. Mais on ne peul accepter son évaluation que sous les plus expresses réserves. li tend en effet à prouver que la révolution de juillet
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