ï8 Il lSTO!f\E SOCIALISTE étaient fahrieanls pour devenir riches, cl non pour se montrer philanthropes. • Hi(•n plu:-.!drs«prrsonnes dignrs clr foi» ont « cnlcndt1 des chers de maisons, et surtout dl" roaisons réccntrs et rncorr mal affrr1nirs. avouer que, loin de vouloir donnrr ù la classe OU\'rièro de bonnes habitudrs, ils faisairnt drs vœux au conlrairl\ pour qur l'ivrognerie et la mauvaise conduite s'étendissent à tous les individus qui la composent: de cette manière aucun d'eux ne pourrait sortir de sa . condition, aucun ne pourrait s'élever au rang de fabricant, ni par conséquent lrur faire concurrence ,1. Et Villermé ajoute avec indignation : « Enfin, n'ai-je pas moi-même entendu un pareil langage sortir de la bouche d'anciens ouvriers devenus fabricants!» De quel front, après de semblables aveux, les patrons oseront-ils se plaindre du manque de conscience professionnelle drs ounicrs et « du peu de soin que ceux-ci apportent à la confection de l'ouvrage qu'on leur donoe à faire?• l ls l'oscnl, cependant, cl l'enquêteur enregistre la réponse des ouvriers.« Quand nos pièces sont mal lissées, lui disent-ils, on sait nous le dire et nous faire une rctc· tenue sur le prix de façon. ~lais si nous nous appliquons:) les bien confectionner, si nous les rcmellons sans un défaut, on ne nous donne rien de plus.» Les ,·ices de la rlassc ouvrière ne nuisent finalement qu'à elle-même, cl, on l'a vu, parfois les patrons spéculent sur eux. D'où l'indifférence.~ lecteurs ouvriers pour qui celle histoire est écrite sauronl y trouver l'enscig~cnt qui se dt'gagc des faits que j'ai cxpost<s avec une profonde lrislcssc. Les temps dont je parle sonl assez loin de nous; mais il est encore dans notre pays des milieux indus• lricls qui n'en sont pas aussi éloignés qu'on se plait à le croire. Et il csl si vrai que celle démoralisation ajoute aux misères malériclles des travailleurs sans alleindrc les maitres, qu'en dépit des polémiques passionnées des écrivains féodaux contre le régime industriel et des statistiques qu'ils échafaudent pour établir que la criminalité est plus grande dans les régions manufacturières c1uc dans les régions agricoles, \'illeneuve-Bargemont lui-même est forcé • de reconnaitre quo si la portion indigente de la population flamande a des vices qui conlriburrrt à la plonger et ù la perpétuer dans ce hideux état d'abjection et de misère, la douceur, ou si l'on ,·cul, le défaut d'énergie de caractère des indigents les préserve en général d'excès nuisibles il la société ». Dans son Essai sur la statistique morale de la France (1830-1838), GumTY cons la le que la proportion des accusés illt>llrés baisse à mesure que les enfantsfréquentent davantage les écoles. Mais, au moins pour cette courte période, la proportion des illcllrés diminue moins rapidement dans la population crimincllu que dans le reste de la populat_ion. Et,' nous l'avons vu plus haut, le chiffre des_illet• trés est beaucoup plus considérable dans la population agricole, même aisée, que dans la population industrielle, même misérable. C'est donc à la misère et à l'in• culture, tant rurale qu'induslriclle, qu'il faut allribuer la criminalité. ~I••• de Staël disait que tout l'ordre social est fondé sur la patience des ollaborieuses. Nous venons de voir sur quel fonds de misère matérielle e\ morale
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