IIISTOIRE SOCIALISTE 15() cet armurier qui leur donne ses fusils, se rangent du côté des ouvriers. Baune, Lortet, Lagrange, Jules Favre, alors tout jeune, groupés autour du journal démocrate le Précurseur, rédigé par Petetin, ne se prononcent pas. ~lalgré la résistance des troupes du général Rogue!, peu nombreuses et à demi démoralisées d'ailleurs, les ouvriers des faubourgs passent les ponts cl r,•juignent ceux de la Croix-Rousse qui occupent le centre de la ville. Le général Hoguet profite de la nuit pour évacuer Lyon. Les insurgés occupent aussitôt l'llôtel de. \ïlle et improvisent un gouwrnement, ou plutôt une commission, dont la plupart des membres sont totalement inconnus du peuple.-Comme il arrive dans la première heure d'un triomphe imprévu, les premiers arrivés s'imposent. Lachapelle, Charpentier. Frédéric, sont des chefs d'atelier estimés de leurs camarades. ~lais Pérénon le royaliste, Garnier, Dcrvicux, Filhol,qui les connait ?Le vieux conspirateur républicain Rossel, rallié un moment à la monarchie de Juillet, figure parmi eux, mais n'exerce aucune influence parti. culière. Très embarrassés de leur victoire, les occupants de l'llôtel de \ïllP acceptent d'entrer en pourparlers avec le préfet. lis se considèrent si peu comme un puu,·oir nouveau, qu'un d'entre eux, Lacombe, se laisse nommer gouverneur de l'llôh•I de \'ille. Cette manœuvre adroite de Bouvicr-Dumolard pré,enle l'insurrection comme se niant dlf'-même, et divise ]es collègues du gouverneur irnprovisl•. Quelques-uns <l'entre eux protestent contre cette nomination par une arfichc conçue en termes violents. D'autres ouwiers désavouent cette prorlamation. par affiche éi?alement. protestent contre l'abus qui a été lait du nomdë Laeomlw. dont le nom a été inscrit à son insu parrni les signataires de la proclamation. CcttP proclamation sini?uliètrment équivoque porte la marque des opinions carlistes de Pérénon. Cette querelle d'affiches déconcerte les ouvriers en armes, qui, d'autre part, n'ont plus d'ennemis à cornbaltrc. Les adjoints au maire sont re,·enus à l'llôtcl de \ïlle, où ils jouent le rôle de conciliateurs entre les chds divisés, en réalité attisent leurs querelles, tandis que des arfidés du patronat parcourent les rangs des soldats de l'insurrection et sèment le soupçon parmi en,. · Dan:, cet énervement de l'action ouvrière, privée de chers par leurs dh·isions, les fabricants se ressaisissent, tiennent conseil, redonnent courage à la gardC'nationale bourgeoise. De leur côté, les administrateurs municipaux reprrnncnt un à un leurs fonctions, que, tout à leur querelle, à leur désarroi et à l'angoisse du lendemain, les chers insurgés ne songent guère it remplir. Bientôt, ceux-ci quittent I'li ôte! de Yille, dont les ouvriers, rentrés chez eux, se sont désintéressés . .\ grand tapage de pitié, la bourgeoisie ouvre des souscriptions publique,; pour les blessés, et, le 3 décembre, le maire annonce à la ville absolument pacifiée l'arrh·ée d'un corps de troupes conduit par le maréchal Soult et le jeune duc d'Orléans. L'armée rentra dans Lyon sans rencontrer la moindre résistance. La garde nationale fut licenciée, le préfet Bouvier-Dumolard disgracié et les tarifs supprimés. Rien ne bougea.
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