160 HISTOIRE SOCIALISTE Le retentissement à la Chambre lut d'une insignifiance violente et puérile. L'opposition, absolument démontée par le caractère de cette insurrection pure. ment ouvrière, se perdit dans de misérables chicanes de mols. Les saint-simoniens lurent accusés, au cours de cette discussion, d'avoir fomenté le mouvement de Lyon, quelques-uns d'entre eux étant allés récemment faire des conférences dans cette ville. Dupin, aîné, avec sa verve grossière et perfide, montra dans les adeptes de la « prétendue nouvelle religion » des a,ffiliés des jésuites.« Les hommes qui n'osent plus aujourd'hui sous leur ancien masque, dil-iJ, cL dont la figure est la même en dessous, propagent aujourd'hui une noU\·ellc religion, en haine de la propriété indi- ,·iduelle, de l'hérédité. JI,, s'interdisent le mariage, ils ne connaissent pas les affections de la famille, ces gens-h\. » C'était une allusion transparente à l'interdiction laite par Enfantin à Eugène Rodrigucs d'(•pouser une jeune fille éperdument aimée, afin de se consacrer exclush·emcnt à la doctrine . .\u milieu du rire général, noté par le Jlonileur, l'orateur poursuivit: • Ils voudraient aujourd'hui faire de leur société un vaste couYent dont les chefs, sous le nom de capacités, seraient des moines, et dont les membres, sous le nom de traoail/eurs, seroicnl des pénitents., Sa conclusion produisit une forte sensation : « Ils voudraient aujou,·d'l,ui, s'écria-l-il, réaliser !'Eldorado du Paraguay, où tout re- ,·ienl au chef suprême, et où il existe une véritable égalité, celle de la ser,·ilude el de l'abrutissement les plus complets. • Mais tout cela n'établissait pas la complicité des saint-simoniens dans l'insurrection. Casimir 'Perier n'eût pas demandé mieux que de leur en faire porter direc• lement la rcsponsahililé, mais un député de ses amis, Félix Bodin, l'en dissuada en lui démontrant l'impossibilité d'établir un lien juridique entre la prédication saintsimonienne et le soulèvement des ouvriers lyonnais. Etant allé voir ensuite les saint-simoniens à leur maison de la rue .\lonsigny, Félix Bodin se fortifia dans la convirlion qu'ils n'élaicnt pour rirn dans l'insurrection. • Les événements de Lyon, lui dit un membre du collège, (ainsi s'appelait le comité directeur), se sont accomplis en opposition directe avec nos principes et nos vœux; mais ils justifient aussi nos prévisions, et c'est là notre tort auprès des con· servaleurs endurcis, lesquels se moquaient de nos avertissements, quand nous leur disions que Io progrès pacifiquement consenti pouvait seul prévenir les tentatives du progrès brulai, poursuivi par la violence.• Autant eût valu parler hébreu à ce brutal, à ce violent qu'était Casimir Perier. D'instinct, il avait beaucoup plus la crainte de la propagande pacifique des idées, contre laquelle il se sentait désarmé, que des complots révolutionnaires et des tentatives d'insurrection. Contre les complots, il avait la police, et contre l'insurrection, l'armée et la garde nationale. II s'était peu el!rayé du refus de quelques saint-simoniens de prendre leur service de gardes nationaux, relus qu'ila motivaient par leur caractère religieux. La propagande dana l'armée n'avait pu ,w entravée; et si quelques officiers donnaient leur démiasion: tela Tourneux, Bruneau,
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