Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

56 HISTOIRE SOCIALISTE La production agricole, dont le dé,·cloppemcnt est forcément moins rapide, a néanmoins pris part à cet essor.« La France produit trop! s'écrie Ch. Dupin l'agricullure de la France est une agriculture trop productive! ... Déjà nous avons cinq millions de bêtes à laine et 400.000 chevaux de plus qu'à l'instant où l'en• nt•mi s'élablissail comme à demeure sur nolre lcrriloire. » Et pourlanl, par l'iné· gale répartition de cel excédent, il esl des contrées, le pai·sde Caux cl le Cah-ados, •OÙ le paysan n'a pas assez de grands animaux domestiques pour empêcher que les · femmes ne s'emploient comme bêles de soinme ou de trait.• Somme loutc, la France s'enrichit. Des chiffres communiqués par l'adminislralion du Limbre, il résulte que les familles françaises augmentent leurs meubles, leur vaisselle, leurs bijoux d'argent el d'or, pour vingl millions de francs par année. Celle indication nous renseigne immédialemcnt, cl nous savons par elle que la France qui s'enrichit, cc n'est pas la tolalilé de la famille nationale, mais la minorité privilégiée. « La richesse el ses avantages, dit \ïllermé dans son Tablea11de l'ltat physiq11e et moral des ouvriers, sont moins que jamais parmi nous le pri,·ilègc exclusif d'une seule classe: mais loul le monde y prétend aujourd'hui. et pour celle rai,on les pauvres se regardent comme plus malheureux que jadis, bien qu'en réalité leur condition soit meilleure.» Soil, mais les faits mis au jour par sa magistrale enquête ,·ont nous prouver que les pauvres n'ont pas profité dans la même n,esurP que les riches du développement économique de celle époque entre loulcs remarqua• bics, et que, trop som·cnl, ces progrès, d'ailleurs si justement Yanlés, se sont lournés contre ceux.là mêmes qui en étaient les metteurs en œunc . .\li momcnl de sa première apparition dans l'hisloirc sociale el politique, quelle est la situation de la claste ou,·rièrc ? Tous les écrivains s'accordent à la déclarer atroce, insupportable. Qu'il s'agisse de \'illencuve de Bargemont, royalisle et catholique, ou du baron de ~lorogues, qui déclare n'avoir aucune attache avec le parti féodal, qu'il s'agisse de \ïllermé lui•même ou d'Eugène Burel, enquêteurs résolus à rapporter loyalement ce qu'ils ont aperçu dans les bas-fonds d'extrême misère où ils onl plongé, l'unanimilé est absolue: l'histoire ounière, dans la première moitié du x1x• siècle, esl un martyrologe. Il y a eu une misère pire, cependant, que celle donl nous allons indiquer quelques lrails. Ecoulons ce que quelques vieillards dirent à \ïllermé sur l'étal de la fabrique avant lï89: • Il y a cinquante ans, les ouvriers en laine de Reims étaient, comme ceux des autres professions, dans une déplorable indigence. Les plus aisés d'alors, entassés dans des chambres étroites, mal nourris, mal vêlus, paraltraient bien pauvres aujourd'hui. On citail ceµx qui mangeaient une fois pa,· semaine de la viande et de la soupe grasse, on enviait leur sort, el actuellement lout ouvrier qui n'est pas dans la misère en mange au moins deux fois.Enfin,la sanlé de l'ancien ouvrier rémoi.s n'était pas aussi bonne, en général, que nous la voyons de nos jours. » Ce tableau de l'ancien étal de misèl'Cdes ouniers de Reims est encore rem.bruni par une pbrMe

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