Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIRE SOCIALISTE 1i!) pouvoir avait été si ardente, si manifeste, si brutalement cxub~rantc que ceux-ci en oublièrent la plus clémentaire retenue. Et l'on pul lire, le lï mai, la déclaration que voici : • A la nouvelle de la mort du président du conseil, les délenus politiques soussignés, carlistes et républicains, oui unanimement résolu qu'une illumination gfoérale aurait lieu ce soir à l'intérieur de leurs humides cabanons. Signé : baron de Schaucnbourg, Roger, Toulain, Lcmerle, hcnriquinquistcs (sic); Pelvillain, Con· siùèrc, Dcgannc, républicains. » Aux premiers jours de sa maladie, Casimir Perier avait dû céder le porlcîeuille de l'intérieur à Montalivet; il ne fut pas remplacé immédialemenl à la présidence du conseil. Tant qu'il le put, le roi conserva cette présidence. Cela répondait à ses sentiments secrets. Il masquait en cifet sous des phrases libérales un violent appétit de gouvernement personnel. l\ous savons déjà, et nous le verrons avec plus de pré• cision dans la suile de ce récit, qu'il entendait être le véritable directeur de la poli• tique étrangère. Casimir Perier, de son côté, n'était pas homme à lui abandonner la moindre parcelle de son autorité. Et de fait, n'était-ce pas lui qui, de par la charte, assumait les responsabilités? Aussi, rien n'était plus tristement comique que les doléances de Louis-Ph:• lippe sur son trop autorilairc ministre. !II. Thureau-Dangin convient lui-même qu'il cherchait« à se faire une sorte de popularité libérale aux dépens de ses conseillers, notamment de Casimir Perier».11allait jusqu'à dire à ses intimcs,el il prenait par· 1ois se, intimes à dessein parmi les membres de l'opposilion : • Cc malin, il y avait des avis pour la mise en étal de siège et jo m'y suis formellement oppos.l,. «Déclara• lion d'auto.nt plus lâcheuse, dit llf. Tbureau-Dangin, que, le lcndemain,le ministère dC-cidaitcelte mise en étal de siège... Louis-Philippe se vantail également de s'être • opposé aux mesures d'exception que Perier lui proposait souvent quand il était • dans ces accès de colère qui, ajoutait-il, nous ont nui plusieurs fois.»A un autre moment, il disait• n'axoir jamais dc,·iné par quel caprice Perier s'était opposé obs. • linémcnt • à une démarche demandée par ::II. Arago •· II est cerlo.in qu'entre ces deux autoritaires, l'un violent cl d'intelligence plu. tôt courte, l'autre cauteleux cl avisé, la lutte devait être incessante, el Casimir Perier n'y eût jamais eu le dessus,s'il n'avait eu,dans des emportements qui le ser• vaicnl, la ressource de mcll.re brutalement son royal adversaire en demeure de céder ou d'avoir à se débrouiller tout seul avec la fronde des salons, la polémique des journaux, l'opposition parlementaire et l'émeute de lo.rue. L'émeute de la rue un instant calmée, pour éclater plus furieuse quelques jours après, l'opposition de la Chambre se manifesta d'une manière collective par un compte rendu adressé an pays, dû à la collaboration de Cormenin el d'Odilon BarroL Cent trente-cinq députés avaient signé cc compte rendu. qui aviva les polémiques et remua profondémcnl l'opinion. Le gouvernement y était dénoncé a,·cc la véhémence de Cormen.in alliédic par la prudence d'Odilon Barrot. On recoonais,,ait la marque du premier à des phrases comme celle-ci : • La Restauration cl la Révolution sont en présence : la

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