Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

li lSTOI IIE SOCI.\LISTE 153 de cesser leur manifestation ; il fut acclamé, et, laissant leurs mandataires lrarniller en paix avec les mandataires du patronat, les manifestants se dispersèrent sans se livrer au moindre désordre. Puissance morale de la collectivité organisée! Du seul fait qu'ils ne représentaient plus leurs intérêts propres, mais ceux de l'ensemble des employeur,. el c1ucla délibération s'en faisait en face des représentants de l'ensemble des ouniers, les vingt-deux fabricants furent pris de respect humain et leur conscience. i·le,·ée audessus de son état habituel, les porta aux concessions nécessaires. Sans doule il y en avait parmi eux qui n'eussent pas demandé mieux que de consentir d'eux-mêmes le relèvement des -tarifs; mais la concurrence les en empêchait. lis étaient donc enchantés de pouvoir appliquer à leurs confrères et concurrents c!Ps conditions qu'ils étaient tout prêts à subir eux-mêmes. )lais à côté de ces patrons humains, qui souffraient d'imposer la famine à leurs ouvriers rt ne l'imposaient que pour n'être pas ruinés cux-mêrnes, il y en avait cerlaincm<'nt d'a.ultes qu'un tel scrupule n'était jamais venu tourmenlC'r. Ceux-ci, néanmoins, durent subir l'ascendant moral de ceux-là, curent honte de dire leurs motifs intéressés en présence des représentants ouvriers placés un moment en face d'eux sur le pied d'égalité, et ils subirent l'ascendant de la force immense que contenait le travail, jusque-là sans défense et sans voix. Leur égoîsme, élevé pour un instant à la notion de la solidarité de classe, rt celte notion même, contenue autant par la crainte que par la pudeur, les décidèrent à consentir le sacrifice reconnu nécessaire, en même temps que rendu moins pénible du !ail qu'il était imposé à tous les fabricants. Le tarif lut donc élahli, et le conseil des prud'hommes lut invité à en surveiller l'application, et à consacrer une séance 'par semaine aux contestations qui pourraient so produire Lorsque les fabricants connurent la nouvelle, ce lut parmi eux une explosion de fureur. Tandis quo les ouvriers se réjouissaient, et lêtairnt leur ,·ictoire pardes illuminations, des chants et des danses, leurs adversaires tenaient des conciliabules et s'organisaient pour la résistance. Les ouvriers a,·aient une telle confiance dans le traité qu'ils voulaient dissoudre immédiatement l:i. commission des vingt-deux; ce lut le préfet qui les en dissuada. Il voyait de plus près qu'eux lrs gens avec lesquels ils venaient pour la première lois d'être mis en contact, et il savait quo seule une forte organisation ouvrière pourrait les contraindre à tenir la promesse laite en leur nom. Ceux qui l'avaient laite, celte promesse, lurent presque unanimement blâmés par leurs mandants; on les accusa d'avoir eu peur des ouvriers, d'avoir cédé à la pression du préfet. On leur déclara tout not qu'un traité conclu dans de telles conditions de contrainte n'aYail aucune valeur. lis furent entourés, harcelés, circonvenus, démoralisés de toutes les manières; si bien qu'on ne les vit pas faire un geste pour défendre leur œuvre, leur signature, leur honneur, lorsque la fabrique déclara refuser d'exécuter le traité. Ce mouvement ne s'opéra pas d'un coup et avec ensemble. Le; plus gros fabri- \'

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