Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCIALISTE 135 Le Congrès, ayant accepté finalement le traité dit des Dix-huit Articles élaboré parla conférence de Londres, élut roi des Belges le prince Léopold de Saxe-Cobourg, et la Belgique finit par se persuader que son choix avait été libre. li faut recon• naitre que le nouveau roi se comporta toujours de manière à fortifier cetl~ illusion. )lais la Hollande n'acceptait pas le traité de Londres. Le l" août. le roi Guillaume meltait ses troupes en marche sur Ilruxelles. Au cri de détresse poussé par Léopold, Casimir Perier répondit par un coup de maître. L'invasion de la Ilelgique par l'armée hollandaise avait surpris le cabinet français en pleine crise. Furieux de n'avoir tait tri~mpherqu'à une voix de majorité son candidat à la présidence de la nouvelle Chambre, Casimir Perier, nous l'avons vu plus haut, avait porté sa démission au roi. A ce moment arrivait à Paris la nouvelle des événements de Belgique. Plus que jamais, on avait besoin au pouvoir d'un homme énergique el résolu. On fil comprendre sans peine à Casimir Perier que le retrait de sa démission pou,·ait se colorer d'un motif élevé. li resta donc cl prit sur-le-champ une décision à laquPllc l'accord intervenu entre la Belgique cl les puissances par le trailù des Dix-huit. \rtidcs ôtait d'ailleurs toute hardiesse comme tout péril : il donna l'ordre au maréchal Gérard d'entrer en Belgique à la tête de cinquante mille hommes cl de marcher sur l'armée hollandaise, qui avait déjàmisendérout.e un corps belge et se dil'igeait sur Bruxelles complètement découvert. li y eut bien. quelques récriminations dans les cours européennes, mais il fut facile à Louis-Philippe de leur prouver qu'il n'avait agi ainsi que pOUI' assul'er l'exécution du traité de Lon.cires.Il les rassura pleinement en rappelant le corps du ma. réchal Gérard aussitôt que l'armée hollandaise eut érncuô le sol belge. L'acte du gouvernement français, en dépiL de son appru'ence belliqueuse, servit en réalité très utilement la paix européenne. li est cc•tain, en effet, que si la France fût demeurée inerte et que l'armée hol· landaise eût reconquis la Belgique, les puissances, surtout les puissances conlincntales, eUJ;sentdéchiré avec joie un traité que leur avait imposé la force du fait ac- <0mpli. Ici, Louis-Philippe refusa donc de faire le jeu de la contre-révolution européenne, et comme il était fort de la signature des puissances, apposée au bas du traité des Dix-huit Articles, elles durent se résigner et faire bonne figure à mau,·ais jeu. En matière. de politique extérieure, Louis-Philippe exerçait une action si personnenc et si directe qu'il est impossible d'hésiter à lui accorder le bénéfice d'une niliative qui accorda ensemble l'intérêt national, les droits de la nationalité belge, la paix ew·opôennc et les sentiments du gouvernement libéral de l'Angleterre, sans permettre aux puissances de l'Europe continentale de protester d'une manière précise. Quelques jours auparavant, une flotte française avait forcé à coups de canon l'entrée du Tage et avait été porter jusque sur les quais de Lisbonne un ullimatum auquel acctda sur-le-champ Je gouvernement absolutiste de dom )1iguel. Ce

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