Il !STOi HE SOCI.\LISTE 31 ncment de la foule aUristc le poète, cl, dans son Journal d'un révol11tio1111aire de 1830, il trace ces lignes où se peint le désarroi de sa pcns(•e: • i'\c demandez pas de droits pour le peuple tant r1uele peuple dcmandüra des têtes. • Aussi proposc-t-il qu'avant de donner au pc11p1,d, es droits quïl tourne contre ]'humanité, on commence par l'instruire. « JI faut, dit-il, faire faire au peuple ses humanités.• Le peuple de JS',8 ne sera guère plus instruit que celui de 1830. Pourtant son premier geste, avant même d'avoir déblayé les barricades, sera de ren,·erscr l'échafaud. C'est q~'cn 18'i8 le peuple était souverain. Tandis ·qu'en 1830, il a,·ait été remis aussitôt à la chaine. Quoi d'étonnant à cc qu'il se conduisit en esclave et qu'il substituât les saturnales de la servitude aux généreux élans de la liberté! Que dire dé ce procès? i\l. Thurcau-Dangin affirme que l'accusation fut âpre, mais boursouflée, et que la défense fut grandiose cl pathélique. Louis Blanc me paraH plus impartial lorsqu'il constate qu'accusateurs et accusés n'apportaient • ni dignité ni bonne foi», les uns et les aut,·cs rabaissant cc drame à une querelle de procureurs. Victor JI ugo ici suggère l'interprétation que, dix ans plus tard, Louis Blanc donnera de ce débat. Voici, en effet, les réflexions qui lui viennent et qu'il trace au cours même des incidents: « J'ai assisté à une séance du procès des ministres, à l'arnnt-dcrnière, à la plus lugubre, à celle où l'on entendait Je mieux rugir le peuple dehors. J'écrirai celte journée-là. « Une pensée m'occupait pendant la séance, c'est que le pouvoir occulte qui a poussé Charles X à sa ruine, le mauvais génie de la Restauration, ce gouvernement qui traitait la France en accusée, en criminelle, et lui faisait sans relâche son procès, avait fini, tant il y a une raison intérieure dans les choses, par ne p1us pouvoir avoir pour ministres que des procureurs généraux. Et, en effet, quels étaient les trois hommes assis près de M. de Polignac comme ses agents les plus immédiats ? M. de Peyronnet, procureur général; M. de Chantelauzc, procureur général; ~J. de Guernon-Ranville, procureur général. • Qu'est-ce que M. Mangin, qui eût probablement figuré à côté d'eux si la révolution de juillet avait pu se saisir de lui? Un pro~ureur général ! Plus de ministre de l'intérieur, plus de ministre de l'instruction publique, plus .de préfet de police, des procureurs généraux partout. La France n'était plus ni administréc,:ni gouvernée au conseil du roi, mais accusée, mais jugée, mais condamnée. « Cc qui est dans les choses sort toujours au dehors par quelque côté.» Avant le prononcé de la condamnation, Montalivet, substituant la troupe à la garde nationale, enleva les ministres au nez de la foule surprise et les transporta au château de Vinccnnes,!au grand trot d'un escadron. L'arrêt les condamna à la détention perpétuelle, aggravée de la mort civile pour le prince de Polignac. La garde nationale, qui partageait les_sentiments de la fouJe_contre_lcs mi-
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