156 IIISTOII\E SOCIALISTE d'atrlier ayant été admis dans la garde nationale. Amener ceux-ci en armes sur la pla.-,•publique, c'était donner le signal des troubles. Le général Hoguel ne vit pas que, cl"autre part, décommandrr la re,·ue, c'était avouer qu'il no pouvait compter sur la garde nationale pour la répression dont il menaçait les gré,·isles, et donner à ceux-ci confiance dans leur force. \u,,,,i. au jour fixé, la gr/"·e éclala-t-elle. Trois ou quatre cents ouvriers parcoururent dès le malin les rues de la Croix-Housse el firent une tournée dans les ateliers, arrêtant les métiers qui ballaient encore. Convoquée en biLlepour dissiper les groupes que rassemble ce mouvement, la garde nationale veuLexécuter la consigne qui lui a été donnée et empêcher les gréYistcs de pénétrer dans les ateliers. La Ioule désarme sans peine ces gardes nationaux qui accomplissent leur lâcho, avec répugnance eLtentent de la réduire à une œuvre de pure police urbaine. \lais d'autres gardes nationaux arrivent. Ceux-ci sont les soldats de l'ordre, des labricants qui onL pris à la lettre les bravades du gou,·erneur mililail'e eLqui sonLimpatients de dompter la révolte de leur;; serls. lis !ont feu sur les manilcs· tants, sur la foule. Huit personnes sonLblessées. A l'horreur succède rapidement la lureur. Cn long cri de vengeance éclate et grandit, enflamme la cilé ouvrièrr. De toutes les maisons sortent des combattants armés de bàtons, de pelles, de pics, et des gardes nationaux balonneLle en avant. La garde nationale bour· geoise s'enfuit devant ces essaims dont tous les aiguillons sonL pointés sur elle. Les ouvriers barricadent les rues, s'attellent aux deux canons de la garde nationale croix-roussienne el, conduits par un drapeau noir où floLlent ces mols de désespoir : • Vivre en travaillant, ou mourir en combaUant », descendent en tumulte guerrier sur la cité des maitres. Le préfet, qui a été tenu à l'écart des mesures d'ordre prises par le gouver· neur militaire de concert avec les maires, se jette au devant-de l'émeute, essaie de 1adésarmer par de bonnes paroles, de ces belles paroles qui lui valaient des acclama lions quelques jours auparavant. Mais les ouvriers le huent, l'accusent violemment d'avoir manqué à la foi jurée et de s'être mis au service des labrieants. li est enlouré, désarmé de son épée, ridicule simulacre de puissance, et fait prisonnier avec le général Ordonncau, qui l'accompagne. Peut-être la foule se fût-elle laissé prendre aux paroles d'un homme qui avait joui d'une trop grande popularité pour qu'elle se fût soudain retirée de lui. Elle n'eût pas désarmé, mais elle eût laissé aller ce lanlôme d'autorité à qui l'on ne pouvait reprocher que son impuissance à faire le bien qu'il avait voulu et promis. On connaissait ses conflits avec le général Roguet, cl comment celui-ci l'avait mis à l'écart tous les jours précédents. ~lais au moment où il essayait de haranguer le peuple, des coups de fusil éclatèrent dans les rues avoisinantes. Plus de doute : l'intervention du préfet est une manœuvre destinée à endormir les ouvriers afin de donner au vrai pouvoir, au gouverneur militaire, le tempede rassembler ses lorces cLd'écraser les révoltés. C'est alors qu'on désarma le préfet et qu'on l'entraina, ainsi que son compagnon. Le soir même, les ouvriel'I reli-
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