Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

86 IIISTOIRE SOCIALISTE l'action pour la conquête de l'annir dans le culle de la beau lé, du savoir et de la justice. b tenants de l'autorité cl de la tradition étaient lra,·aill6s eux-mêmes par rr J'('Oou\·rau humain, trb lrs Yins emprisonnés dans )('s cc_,Jlicr:; rntranl en fermentation di-sque le so)eil fleurit les Yigncs.('n jeune prêtre de foi ardente et de pensée audacit.'tl.SeL,amrnnais, rxprima le premier cc mouYl'm('nl, qui a eu sur notre his- . Loirr~ocinlc des conséqucncr:-;trop graves, et qui durent encore, polir que nous nous bornions ici ù en noter rapidement les débuts. Lnmronais élail unr naturr inquiète de certitude et t•prisc de logique. Le d<'r;;[•a'Yait continué d'être sous la Restauration le corps de fonctionnaires qu'il axait (~tt.• -:,ousl'Empirr. D'a\·oir Yu cc clergé conquérir, avec le retour des Bourbons. la première place dans !'Etal et employer la force publique pour asseoir sa domination, cela n'avait pas satisfait l'abbé de Lamennais, au contraire. Il aYail constaté que la puissance politique des prêtres 6lail en raison inverse de leur autorité morale. Et c'est la conquêLedes âmes, la domination des esprits qui lui importait surtout. Bien plus par senlimeJll religieux sincère et profond que par la crainte de voir s'effondrer la domina lion des prôlres, Lamennais sentait combien élaiLprécaire la puissance cléricale, et que de ce fait la religion élail en péril. Dès 1817 il a,·ait, dans son Essai sur r l 1uli//érence, jeté un premier cri d'alarme. Sa pensée s'était précisée, à la wille même de la révolution de 1830,dans les Progrèsde la Révolution et de la guerrecontrerEglise, ouvrage qui lui valut les censures de l'autorité ecclésiastique. Scion lui, lp salut pour l'f:glis0 était dam la domination spirituelle, et non dans !"attribution aux églises nationales d'une part de l'autorité temporelle. Il répudiait donc à la fois l't•,(lisegallicane et l'ingérence rlu clergé dans la politique. Les journées de juillet cl leurs conséquences furent une illustration éclata.nie de sa thèse. Le rlergé français, qui avait été le plus ferme soutien de la monarchie déchue. perdit soudain tout pouvoir cl Ioule influence; il ne dut son salut qu'à la forre de l'habitude. aux sentiments foncièrement conser\·ateurs des nou,·eaux maitres du pays <'l ù la souplesse avec laquelle il se plia au r,•gime nouveau. Les prét1·cs étaient rede,·enus des fonctionnaires effacés et passifs, et celle allitud,• ne leur avait pas donné l'autorité morale qui eîit pu compenser la perle de leur inllucncc politique. D'autre part, Lamennais avait bien aperçu quP, selon l'ex· pres:;ion de ~I. Thurcau-Dangin. • l'icréligion avait alors cc caractère d'être plus bourgr•oiscencore que populair,:, ». li fallait donc a,llcrau peuple si on voulait sauver l':f:glis•'. Dès 1829, dans son livre sur les Progrès de la 1/évoluti.on, sans arrière-pensée d'habileté PLuniquement conséquent avce sa pcns(-e, Lamennais avait invité les catholir1ucs à ees.er d'êtN' les champions de l'autorité et de la contrainLo, et à demand<'r la liberté, à ne demander rien que la liberté : liberté de conscience, liberLé de lo pressc,liberté d'associalion,liberlé del'enscignemont.Lescatboliques,aloraea, gucrie contre l'Uni~crsilé, étaient, certes, partisans d'une liberl.édel'e11118ipment qui ne pouvait pcofiler qu'aux collèges des jé8uit.es, mais il leurllelllblait ÏmfOlllil>1e

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