Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

192 Il ISTOIRE SOCIALISTE trine saint-simonienne dans un article-manifeste du 18 janvier, intitulé: Plus de libéralisme impuissant. Il a,·ail adhéré de tout son cœur et de toute sa fougue.. \vec son ami Jean Reynaud, il partit pour une tournée de propagande dans le ,!idi. A Grenoble, où les catholiques se sont unis aux protestants pourlcs empêcher de parler, la foule des auditeurs est encoro accrue par celle opposition. Jean Reynaud constate en ces ter:nes le succ~sobtenu : , Si nous avions une salle pour quatre ou cinq mille personnes, elle serait pleine. C'oJstcomme une maladie, c'est comme une peste. Je crois qu'à la halle on ne r~usc que saint-simonisme. Cc malin, en demandant mon chemin à deux braves gens, qui heureusement ne me connaissaient pas, j'ai attrapé une grande histoire sur les saint•simonicns qui Yont, comme Pierre l'Ermite, pour faire une croisade.» Déjà, en janvier, Pierre Leroux arnil obtenu un succès semblable en Belgique, où il s'était rendu avec llippolyle Carnot, Dugicd, :-Iargcrin et Laurent. ~lai reçus à Bruxelles, les catholiques ayant soulevé contre eux la population, ils allèrent à Liège, où le recteur de l'Université mil une salle à leur disposition. D'après un récit du mathématicien Joseph Bertrand, son ami de jeunesse, « bien qu'il fût veuf alors, avec cinq enfants, et absolument sans fortune, » Pierre Leroux « séduisit si bien par sa parole une jeune Belge cl sa famille, qu'il ne tint qu'à lui de faire un très brillant mariage. Les parents n'y mettaient qu'une condition : Etant catholiques, ils désiraient que leur fille se mariât à l'église. - Pierre Leroux hésita quelque temps, fut· très peiné, parait-il, mais finalement refusa, déclarant que ses conYictions philosophiques el religieuses ne lui permettaient pas de concession semblable, et il revint à Paris.» Partout où ils passaient, les saint-simoniens créaient une église, c'est-à-dire un groupe constitué selon la doctrine sociale et religieuse, organisé hiérarchiquement et reconnaissant l'autorité de Bazard et Enfantin, proclamés à la fin de 1829 chefs suprêmes de la doctrine. Menlionnal)t l'aclh·ilé de la propagande, dans le 1'ord, dans l'Est cl dans le Midi, Enfantin écrivait à une correspondante en juin 1831 : « Vous voyez que nous n'y allons pas de main-morle. Comment pouvons-nous exécuter taules ces choses ? Il y a de bonnes âmes qui disent déjà que c'est La Fayolle qui nous prue, d'autres :\'apolé,,n II, d'autres Henri V; qu'il est impossible que nous fassions tant de bruit avec nos bêtises si quelqu'un, la police peul-êlre, ne nous soudoie pas. • El, de fait, l'église avait de grands frais. Le Globe élait distribué gratuitement. •Comment, poursuit Enfantin, de pauvres garçons comme nous ont-ils pu, en ur, an, ck,puis juillet, propager avec lanl d'ardeur, el partout, des rêves? Où trouvent-ils l'argent nécessaire pour vivre, voyager, publier des ouvrages, des journaux qu'on lit peu (disent-ils), qu'on achète moins encore!• Où? Le rapport d'Eichlbal sur la situation financière du 22 septembre 1830 au 31 juillet 1831 nous donnera une idée des ressources dont l'association sruntsimonicnne jouissait au début de sa propagande publique. L'acquisition du Globe,

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