Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCIALISTE 151 messe de retenir la huitième partie du prix. des-façons du dit ouvrage, en faveur du négociant dont la créance est la plus ancienne ..,. En édictant celle disposition, le législateur de 1806 sentait bien. que. le can.ut lyonnais n'était pas un entrepreneur dlou.vrage comme l'artisan en atelier ou. en houtiquc qui lraYaillc pout· la clientèle, pour le public. li comprenait bien quo ln, continuité des rapports entre le canut et le fabricant donnait à celui que la loi appelait un « chef d'atelier • situation réelle de salarié ..C'est pourquoi il YOulut que la loi donnàl à cc salarié une protection contre le créancier qui pouvait le plus directement menacer le salaire, c'est-à-dire contre l'employeur, le patron . .\insi, le chef d'atelier jouissait d'une garantie qui manquait encore au,nautres prol,'taircs. cl le Ii,·ret. qui était pour eux l'inslrumenlde sen-itude par excellence, le soustrayait du moins à la for.me la plus matérielle et ln plus fondamentale de la sen·itude ounièrc. Le livret ne servait pas seulement à placer l'ouYricr sous la surwillonec de la police. II était déposé entre les mains du palTon le jour de Irembaucha~, !('ssommes aYancéc5 à l'ou.vrier y éLaiont inscrjtes; ('t comme Fouvrier ne pouYail quillC'r son patron sans avoir re1H·is oalivrcl, c'est-ù-dfre-sani:i;iêb-e JiBéré de sa delle, il se lrotL,·o.itde fait attaché à l'usine ouà l'atelier aussi sùrement que le serf de jadis à la glèbe, aus,i lamentablement que la prostituue d'aujourd'hui à la maison close où ln relient un crédit aussi scandaleusement onéreux qu'illégal. En 18'i5, un député, le comte Beugnol, dénonçait ce.tte abomination ,hms les termes que voici : • La Chambre comprendra l'étendue de ce mal, quand ellllsaura que, dans plusieurs Yillcsmanufacturières, les-avances montent à la somme de trois ou quatre cent mille francs par an. 11en est une... où.les ouvrières en dentelles, gagnant quarante centimes par jour, reçoivent des avances de trois ccnle f1•ancs. Que d'années ne leur fauùra-t-il pas pour reconquécir leur liberté ! • Cette forme scélérate d.c la servitude ounière ne de.-ait disparaitre qu'en 1890, pru· la suppression du ]Î\-rel. Déclarer insaisissables dans letITpresque totalité les sommeBdues aux maitres d'aLelier, c'était faire plus <1u'assimilel· ces sommes au salaire, c'était de• vancer les temps, puisque lo salait'!' ne devait recevoiuune semblable protection que de la loi de 18%, qui fixe des limites à la saisie-arrêt pratiquée sur lui cl à la retenue que le patron peut opérer de ses mains pour se rembourser de ses arnnres. Par tous les caractères qui ,·ieonent cl/être énumérés, donc, les maitres d'atelier et leurs compa!(nons étaient bien des prolétaires- également: nulle fiction légale ne Ycnait déguiser celle égalité cl les égarer, nulle opposition réelle d'intérêts ne ,·cnait les dh·iser, et, si la loi protégPait davantage les maîtres d'atelier, c'esl sur eux que le chômage retentissait le plus durement. Toute ag· gravalion du sort des uns atteignait forcément les autres; ceux-ci protestaienLils, ceux-là prenaient en main leur cause. Une crise réduisait-elle les salaires, Lous s'unissaient, pour )a défensC'commune, contre un ennemi commun. Les prix de fa{on étant tombés au plus bas-dans l'automne de 1831, les canuts

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