Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

130 HJSTOI HE SOCIALISTE ment ruiné dans l'esprit public par deux ré,·olutions. Il oublie que la soupape de sûret.<'de la classe en possession du pou,·oir consiste en cc qu'elle n'est pas une classe de sang, mais de richesse. On nait noble ou roturier, et l'on demeure lei, dans le l\.'gimedes classes de sang, des cas les. Tandis que, dans le régime bourgeois, c'est une sauvegarde pour les possesseurs de la richesse el du pouYoir que de montrer la richesse et le pouvoir non comme le prfrilègc d'une classe ferrnée, mais com1_nc la récompense promise aux errorts des plus laborieux cldes plus intelligents. L~ · richesse c::,lhérédilairc: mais on peut di~sipcrson héritage, cl il peut être rccurrni et mis en ,·aleur par un prolétaire laborieux cl intelligent, à qui celle riches,c acquise par son effort donnera participation au pom·oir politique. C'est la do,• trine qui est C'ncorcenseignée aux enfants de l'école primairedans lo:s din?rs manuels d'éducation civique1 tout au moins en cc qui concerne la conquête individuelle du pouvoir économique. 11nous fauf rapprocher l'argumentation de Louis Blanc de cell' d•s saintsimonicns, qui iillcr\·inrrnt dans celle discussion. Les partisans de l'héré<lil · avaient menacé la Chambre des applications du priricipe à la propriété elle• même, en faisant allusion à la prédication sainl•simonienne. Laurent répondit le 9 octobre, dans une conférence lailc à la salle de la rue Taitbout. en appelant la création d'un parti qui classerait les hommes « su'r la part que chacun prendra à la production cl à la distribution du bien•êlre unh·erscl, sur la mise cl le lot de chacun dans les traYaux cl les bénéfices de l'association, sur la Yalcur réelle, Jo mérite, les ser,·ices des indi,·idus "· Cc parti rallierait à lui« les trarnillcurs d, tout,·s les opinions el de loules les croyances pour ne plus former qu'une seule cl grande divi,:o:, dans l'f:tat, celle qui met d'un côté les classes nombreuses qui produisent tout el ne possèdent rien, el de l'autre la minorité qui ne produit ri(\n C'L qui jouit de tout. J) Laure~l ajoutait: « Cc parti esl venu: c'est nous qui en proclamons J',,x;s• tenc,•, c est nous qui ayons déployé le drapeau. • Il semble, à entendre cc lan• gage, que la politique de classe du prolétariat soit affirmée. ~lais on ne doit pas oubl:cr que, dans Ja docl1'inc saint-simonienne, on ne rompt avC'cl'hëréditi• politique el propri,·taire, que pour marcher « majestueusement à la hiérarchie des capacités, à la noblesse intellectuelle, à l'aristocratie des talents et des vertus,, en conservant à la tête du prolétariat libéré de la faim el de ses ser\·itudes les plus abjectes le groupe de banquiers, d'industriels, de savants el d'artistes qui doivent b(•nificier des avantages de la société fondée sur le travail dans la mesure des services qu'ils lui rendent. L'orateur sainl•simonicn dépassait donc la doctrine lorsque, préci•ant son appel à l'organisation de classe du prolétariat, il s'écriait: « Oui, le moment est venu de rallier les travailleurs que d'anciens préjugés et de vieilles haines divisent; le moment est venu de donner une discipline, une organisation, une forme régulière el légale aux réclamations des classes pauvres qui font de l'insurrection royaliste ou de l'émeute républicaine selon que leur ignorance el leur misère se produisent à Paris ou en Vendée.• Et passant à• la question

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==