Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

84 li ISTOI flE SOCIALISTE di:-,::nclêcl prorondede sa personnalité», un penseur solitair<', profondémentori• ginal en même temps que fortement rattaché à la philosophie du xv111•siècle, complétée par la notion de progrès qu'y amit introduite Condorcet, groupait autour d<• lui quelques élèves qu! allaient devenir des maitres. Quand éclata la ré\'olulion de Juillet, Saint-Simon était"mort depuis cinq ans. Ses deux élèves, Augustin Thierry el Auguste Comte, l'avaient quitté, le premier pour renouveler l'histoire et le se cond la philosophie. lis a,·aient abandonné sa dorlrine, mais ils avaient gardè ,a méthode et les disciplines intellectuelles qu'ils avaient rcçu_rsde lui, chacun selon son lempéramcn l. C'est d'Augustin Thierry, de sa Conqnête de l'Angleterre par les ,Yormands, de ses Le/Ires sur f/listoire de France, de ses Récits des temps mérovingiens qu · datent chez le public le gout si vif qu'il manifeste pour l'histoire, et chrz les historiens Jesouci du document recherché aux sourcrs, du manuscrit exhumé de la poussière des archive,s. En ùuvrànt, en 1829, son cours de philo,ophie po• sitive dans un modeste appartement du faubourg ~lontmarlrc, Auguste Conit,• introduit la méthode historique dans l'élude des scicnrc,;, développe l'idée dl' Condorcet sur le concours qu'elles se p,·êlcnl dans leurs propres progrès cl cclll' de Saint-Simon sur la nécessité de fonder les sociétés sur l'industrie el non plus sur la guerre el la conquête. Un groupe est resté fidèle à la doctrine de Saint-Simon. ?\ous étudierons plus liin les développements qu'ils donnèrent à la pensée de leur maitre cl la propagande socialiste qu'ils firent dans toutes les classes de la société. Notons seulement pour l'instant que cc groupe réunit à l'aurore de leur vie active la plupart des hommes qui devaient dominer leur temps dans l'ordre de la pensée el de l'action. A côté d'Olinde flodrigues, de Bazard el d'Enfantin qui devaient plus spécialement exprimer, développer el, pour ce dernier, dévier la pensée philosophique et sociale do Saint-Simon, nous devons citer: l'économiste Micl,cl Chevalier, le champion du libre échange, qui. devenu ministre de Napoléon 111, fit adopter ses vues cl conclut le traité de co?'merce avec l'Angleterre; d'Eichlhal cl Talabot, qui créèrent les chemins de fer en France ; les Pereire, qui gouvernèrent si longtemps le monde de h finance; Lesseps, qui en pcr~ant l'isthme de Suez, réalisa un projet saint-simonien; Adolphe 13lanqui, qui tenta do faire de l'économie politique une science humaine ; Félicien David, le grand musicien dont l'art personnel et pénétrant donna h signal do la réaction contre la tyrannie des formules italiennes; Edouard Charlon un des mallrcs de l'enseignement populaire; ltippolyle Carnot, qui vit dans la rolitique l'instrument de la libération sociale des travailleurs; Buchez, l'apôtre de l'organisation ouvrière; Jean Reynaud, le philosophe social; Pierre Leroux, qui impréf,'lla de socialisme les plus hauts esprits de son temps; Constantin Peequeur qui, le premier, fonda méthodiquement le socialisme sur la science économique; Pierre Vin~ard, le poète populaire; Vtctor Fournel, Flachat, Laurent del' Ardèche, Lemonnier, etc., etc. Citons encore, parmi ceux qui furent impressionnés par la peaaée aaint-simo•

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