IIISTOIRE SOCIALISTE 171 soudre la société. Cc procès, dit des Quinze, vint aux assises de janYier. Trélat, Raspail, Blanqui, Antony, TI1ouret, étaient parmi les accusés. Cette fois, c'est la question sociale qui se pose, cl non plus seulement celle de savoir si la république vaut mieux que la monarchie. Raspail, en clfcl, avait, sans préciser sa doctrine en formule, un sens très vif du lien inlimo qui existait cnlre la d-'mocralie el le socialisme. Pour lui, la république élail le moyen de réaliser gra· ducllement l'émancipation des prolétaires .• \xanl toute chose, eHc leu,· dc,·ait donc l'instruction ct,par une intervention aclivc de l'Elat,la protection <le leur salaire. Ses lravaux en chimie et en histoire naturelle, qui font de lui le précurseur immé· diat de PMlcur; n'étaient à ses yeux qu'un inslrumcnt d'émancipation des travailleurs. Un des premiers, il aperçut le rôle capital de l'hygiène dans la vie sociale et morale. Toujours en lutte contre lessavants officiels et les académies, il refusa de s'agréger au mandarinat et, pauvre, n'accepta ni les places ni la décoration que le gouvernement lui offrait pour faire cesser son hostilité. Il avait refusé les honneurs d'un ton si fier,si insultant pour Casimir Perier, que sa lettre, publiée dans la Tribune, lui valut une condamnation à trois mois de prison, prélude d'une série de persécutions qui ne devaient finir qu'avec sa longue existence. Interrogé sur lecaractère de sa propagande, et sur son but, Raspail commença par récuser ses juges. Qu'est-cc que Je jury? leur dit-il. Les représentants des propriétaires. Ceux qui possèdent Je priYilègc de la propriété ne peuvent s'arroger le droit <!ejuger les représentants de ceux qui meurent de faim.« Il nous faut, dit-il, un système tel qu'en l'appliquant il n'existe plus en France un seul homme malheureux, si cc n'est par sa fauLc ou par le vice de son organisation.• Dans sa défense, Trélat ne parla pas autrement. Toul comme Raspail, il posa la question sociale. « C'est encore la qurstion du Monl-,\vcntin qui s'agite, dit-il, -c'est la cause des patriciens contre les plébéiens, celle de toutes les aristocraties -conlre le peuple de tous les pays : c'est la cause qui a lait crucifier il y a deux mille ~ns le philosophe Jésus.• Il n"était d'ailleurs point pour les moyens violents: « Le temps de la Charbonnerie et des sociét.ls secrètes est passé, djsait-il dans une brochure parue quelque temps après; chacun, à l'heure quïl est, agit à la face du ciel ; le plus puissant moyen d'action est la publicité, et c'est se condamner à l'impuissance que de mettre en œuvre d'autres agents que ceux de son époque.» Blanqui acheva de donner un caractère socialiste à ce procès fait à des répu• blicains. Interrogé sur sa profeiiSion, il répondit:• Prolétaire». Il ne répudia pas les moyens violents et sa défense, ou plutôt son réqujsitoirc,commençait ainsi:• Je suis accusé d'avoir dit à l.rcnte millions de Français, prol6taires comme moi, qu'ils a~ent le droit de vivre». Et pour ne laisser aucune ill~sion aux jurés sur le caractère révolutionnaire cl sociaijsLc de l'agitation républicaine à laquelle il prenaiL part, il ajoutait: « Ceci est la guen-c entre les riches et les pauvtes ; les riches l'ont ap,si voulu, car ils son' lco agresscu,rs •· Telle était alors la notion Jil!llrale du jury parisien sur l'expression de la peuséo,
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