8G IIISTOIRE SOCIALISTE que celui du corps électoral, mais il ne se fil plus exclusivemenl dans la bourgeoisie comme sous la He.stauralion, où des épurations successives en avaient chassé tous les éléments qui ne semblaient pas sulfisammcnl intéressés au main lien de l'ordre élabli. Ces précautions n'a,·aicnl pas empêché la garde nationale ùc tirer en juillet sur les troupes de Charles X. Celles que prend la Chambre de 18..10ne l'empêcheront pas davantage, dix-huil ans plus lard, d'envoyer Louis-Philippe rejoindre son prédécesseur. Les artistes cl lçs journalistes ont épuisé leur Yervc, pendant ces dix-hui l années, sur la garde ,·itoyenne. Les vaudevillistes cl les caricalurislcs la lournaienL Yolc,nticrs en 1idiculc. La néccss:Lé de rompo~cr avec l'avarice des pays::rns, plus que le souci d'ép, rgner une d,'pense aux citoyens peu aisés qui en faisaient partie, avail rendu le port de l'uniform.e facultatif. Les uns avaient profilé ùc ceUe facilité de la loi pour s'équiper à leur fantaisie, el les autres pour monler leur garde en vêlements civils. On appelait ces derniers des bizels, cl l'imagerie satirique les criblait de railleries. Les gardes nationaux ne prenaient pas lous égalcmcnl au sérieux leurs fonctions militaires. Pour les plus pauvres, clic était une charge. Pour les plus riches, elle élail une gêne. Avec leur insouciance coulwnièrc de la chose publique, tournéo en répugnance par les moqueries qu'ils ayaienl eux-mêmes propagées dans le public contre celle inslilution, les artistes rechignaient souvent à monter la garde ou à répondre aux appels. Les uns cl les autres étaient alors punis de prison. C'cslà-dirc qu'ils devaient aller passer une ou plusieurs nuits dans une maison d'arrêt plutôt confortable. L' li ôte! des haricots, ainsi se nomma il cc peu terrible lieu de réclusion, se lrouYail au 92 de la rue de la Gare, dans le douzième arrondissement, aujourd·hui Je treizième. Les murs de la cellule porlanl le numéro !li, réservée aux artist,,s el aux écri,·ains, dil ~I. Paul ~Iarin, « élaicnl cou,·crls de dessins ou d'inscriptions en prose cl en vers. Ach. Dcvcria, Decamps, Gavarni, Alfred de ~lussel, Théophile Gautier y laissèrent des souvenirs de leur séjour. » Celle force armée, celle garde bourgeoise tant moquée, n'était cepenàa,n pas négligeable, cl le roi le prou,·aiL par le; égards elles allcntions qu'il lui prodiguait. Par de fréquenlcs revues, il se mctlait en contact avec elle, la con~idérant anc raison comme le baromètre de l'opinion moyenne. li fermail assez volontiers les yc-ux sur sa lurbulcnrc el ses actes d'indi:-1ciplinc,îréqurnls !;urtout en province .. \ lour de rôle, les officiers de la garde nationale étaient inYités à la table royale cl admis ainsi dans la demi-intimité patriarcale de celle fan.ile illustre donl les enfants coudoyaient les leurs sur les bancs du collèg' lien ri 1\'. Aussi le pouvoir pul-il compter sur la garde nalio11alc conlre les fr(·quenlc• agressions à main armée du parti républicain, toul comme la bourgeoisie s'appuyait sur clic pour la répression des mouvements ouvriers. Moins disciplinée que l'armée régulière, mais aussi moins pas.,ivc, cllo fut Y~ritablcmcnl la bourgeoisie se gardant cllc-mèmc de tout retour au passé et de loute échappée versl'avenir.
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