Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

170 HISTOIRE SOCIALISTE des jor~s. JI usait auprès d'eux d'un moyen plus efficaceen publiant leur vole dans les procès de presse. Les jurés votèrent alors secrètement. La Tribune les mcna~a «de publier la liste de toutes les condamnations avec les nomsdes jurés en regard•· .M.Tl,ureau-Dangin affirme que ces dénonciations eurent« parfois des suites maté· riellcs >, et il se fonde sur le témoignage du procureur-général Persil pour citer le c ,s d'un notaire du faubourg S3int-Anloinc « dévalisé, dans les journées de juin 1832, pour avoir ~ndamné la Tribune ». Il est bien étrange 4uc ce fait n'ait été dénoncé qu'un an après à la Chambre. Le jury n'acquittait pas toujours. En einq ans, la Trihune avait collectionné cent quatorze procès et subi près de deux cent mille francs d'amende. Rien que pour les deux premi~res années du régime, on compte quatre-vingt-six condamnations prononcées contre des journaux opposants, dont quarante et une à Paris, formant un total de plus de douze cents mois de prison et de près de trois cent cinquante mille francs d'amende. Au premier oct.Qbre1834 cette statistique devait s'élever à cent quatre années <le prison réparties entre les divers joumalistes de l'opposition. Les récriminations des hommes de la résistance contre la mollesse du jury attestent donc surtout leur haine de toute liberté. D'ailleurs, le jury n'avait pas que des journalistes àcondamner,IBien souvent le ministère trainait à sa barre des répu• blicains dont leseul crime était d'avoir formé des associations pour la propagande des idées modernes et pour la création d'œuvres d'enseignement populaire. Depuis que Raspail avait succédé à Trélat en qualité de pré,ident de la société des Amis du Peuple, ce groupe républicain, renonçant aux déclamalions terroristes imitées de 1793, faisait dans la classe ouvrière parisienne une active propagande en essayant de créer des coùrs d'adultes.« Chaque sociétaire de bonne volonté, dit M. G. Weill dans son lfi8toire du parti répuhlicain, prit sous son patronage cinq ou six familles pauvres, en s'engageant à instruire les enfants, à chercher do l'ouvrage pour les parents, à placer Jeurs produits, à leur procurer des secours médicaux.• Les associatiom républicaines de Paris, qui avaient des correspondants dans les grandes villes de proYince,rivalisaient de zèle dans cette œuvre de pénétration pacifique de la classe ouvrière. La société A ide-wi, l'Association pour la liberté de la presse, l'Association pour l'instruction du peuple aidaient puissamment au pro· grèsdesidées.Maise'estsurlou t à la Société desAmisd upeuple qu'on devailla pub li. cation de brochures d'actualité qui éclairaient les faits contemporains ù la lumière de la doctrine républicaine.Certaines de ces brochuresafnrmafont le caractère social de la démocratie. L'une d'elle.. traitait de la question du machinisme et de la situation faite aux prolétaires par son introduction dans l'indUBtrie. Casimir Perier s'aperçut qu'une telle propagande était p!UBdangereuse pour le régime que les appels à la violence. Il prit donc prétexte des brochures et du bulletin que publiait la société des Amis du Peuple pour obtenir une condamnation de presse qui lui permettrait de mettre les propagandistes soUBles verroux et de dis-

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