J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HIS'I'OIRB SOCIALISTE 2ï:l s'Naicnl fait sentir jusque dans les relations les plus anciennes. les plus étroites: elles avaient rompu jusqu'aux liens les plus intimes, les plus afîeclueux dans de nombreuses familles. El l'émotion avait franchi les frontières, gag11é l'Europe, le monde enlier où, des pièces et la procédure du procès, lcntemenl mais stlremcnl révélées, examinées avec plus d'attention, plus de sang-froid, ne laissaient plus aucun doute sur l'innoccn('c du prisonnier de l'llc du Diable; sur les écrasantes responsabilités assumées par les au leurs conscients d'une telle infamie judiciaire. On s'élonnatl de cc que la France, aux initiatives si hardies, aux élans si nobles, si géufrcux, n·eul pas exigé une plus prompte rrvision, elll si longtemps laissé impunis les coupables . .\ussi Loule l'allrnlion se conccnlra-1-elle sur le proci·s qui s'ouvrit, le 7 août, devant le Conseil de guerre con1posé d'officiers d'artillerie el présidé par Ir colonel du génie Jouausl, dont l'insuffisance devait éclater d(•s la première audience. Elle ne pouvait ,'Ire égalée que par celle du commandant Carrière, commissaire du Gouvernement, dont l'allilude eul été simplement ridicule, s, le procès n'avait eu une si haute importance. l'armi une agitation fiévreuse, le procès se déroula péniblement, marqui· par des incidents graves, impressionnants, parfois tragiques, lei l'allenlal contre M• Labori qui avait déployé au cours de Loule l'allairc Dreyfus une grande énergie cl une remarquable habileté en matière de procédure cl avait accepté, a\"ec )!• Demange, la lourde mission de défendre le capitaine protestant de son innocence plus que jamais, car les .-ruelles épreuves morales cl matérielles subies n'a\"aienl pu l'abattre. L'attention générale était d'autant plus grande que le huis-clos a\"ail été ordonné pour la communication du dossier diplomatique cl militaire. Allaiton, une fois de plus, user des m~mes procédés que clevanl le Conseil de guerre de Paris·! telle était la question que tout le monde se posait. El les témoins défilaient avec leurs dépositions variées, fréquemment conlradicloircs. Celle du général Mercier, au nom duquel une éternelle llélrissure restera allachée, malgré son habileté, sa perfidie, fil éc-lalcr les irrégularités graves de la procédure précédemment suivie. Contrairement aux lois, un dossier secret avait élé soumis aux premiers juges; comme il n'avait été communiqué ni à l'accusé ni à son a\'ocal, il n'avait pu Nre discuté dans l'inlerrogaloirc ni dans la défense. Il était inouï que le président et1l accepté une telle situation; eût ainsi manqué à Lous ses devoirs les plus élémentaires, e1\l ainsi violé les droits sacrés de la défense. Car la partie saillante de la déposition du général ,\lercicr no laissait plus aucun doute, quoi qu'elle fut un modèle de rrstriclion jésuitique: ,, Je mis sous pli cachelé les pièces secrètes, dont je vous ai donné cornmunication, ainsi que le commentaire qui y élail relatif, cl je l'envoyai le deuxième jour, je crois, ou en tout cas le matin du troisième, au président du Conseil de guerre, en lui faisant dire que je n'avais pas le droil de lui donne,· un ordre

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