J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

250 IIISTOJR.J;; SOCIALISTE On peul dire qu'ù celle époque les esprits élaienl s, prof ondémenl dé,:us cl lrnublés quo les mesures prises pour réagir conlre lo mouvemenl césarien qui ,e dess111ailne conlribuèrcnl qu'à le développer, surlo ul parce que cet" , 1ui les édiclaienl élaienl allachés à une politique antidémocrnli11uc, hostiles au, réformes réclam(•es par le pays. ll'aulre parl, le dévelo ppcmenl des Sociétés patriotiques a,·ait détourné la jeunesse de Ioules les qu eslions à l'ordre du jour pour ln localiser sur le Lerrain d'un chau, inismc étroit , exclusif, provocateur. On allait voir s'opérer autour du général Boulanger la concentration des éléments les plus disparates: les patriotes cl les démag ogues en marge du Parti socialiste, les politiciens impatients de jouer un role cl, plus lard, bicnlol, toutes les forces vives de la réaction, du cléricalisme qui comptaient ti,-er le parti le plus a,•anlageux de la lourmenle qui se préparai t. Le Cabinet qui succéda au miniolère C ;oblel élail présidé par ~I. Hou,·icr; le choix était déleslable, maladroit, car ~I. Bouvier élail très impopulaire. L!' général Boulanger fut remplacé au ministère de la guerre par le général Ferron, soldat très simple, modeste, mais qui ne manquait pa s d'énergie, cl l'ancien ministre fui nommé au commandement du 13' corps d'armée à Clermonl1-'errand. On arnil espéré c1ue, repris par les occupations de sa charge cl par les ol.iligalions rigoureuses de la discipline militaire, il allait se dégager de son entourage, s'effacer. C'élail méconnaitre el la silualio n cl l'homme. Son départ pour Clermont-Ferrand ful l'occasion d'unê manif estation formidable 11uise déroula jusqu'à la gare de Lyon, véritable crise d e délire qui faisait redouter le, pires complications. IJès lors, ce que l'on a a ppelé le mouvement l.ioulangisle avait pris corps: il alla il se prolonger jusqu'aux élections de 188\1, ')Ui ma1·quère11lla débàcle de celle faction ou, pour mieux dire, de celle cohue césarienne cl démagogique. Comme un malheur n'arrive jamais seul, au moment oil la France, lroubléc, 1nccrlaine, avait le plus licsoin de tranquillité pour se recue illir el de confiance pour conserver son sang-froid, ,oici qu'éclataient les scandal es \\ïlson-CaffarelLimou,in, dor,l toute la presse p111.Jliailquotidiennement les détails. Il ne s'agissait de rien moins 11ued'une vérital,le entreprise de négociations pour le trafic des décorations. Les perquisitions ordonnées sous la pt·css;ion irrésistible de la presse cl de l'opinion, avaient amené la découverte d e pièces édifiantes; elles élalilissaicnt la complicité acli,•e du gendre du Pré sident de la Hépublique qui avait transformé une partie de l'EIJsée en une officine de louches opérations de Loule nature. Le scandale plongea il dans le p lus profond désarroi le monde parlementaire cl loU!I ceux qui calculaient que le général Boulanger pouvait devenir, sous leur direction hal.iile, un instrumen t puissant d'opposition, s'empressèrent à exploiter le scandale. On convie ndra que, dans un pays oil la politique a, du reste, élé bien plus un moyen d'a gilalion qu'un sujet <l'éludes, qu'un procédé d'éducation des masses popula ires, toujours lr1's impressionnables, l'occasion élait merreillcuse.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==