HIS'l'OIHE SOCIAUSTE 211 pour laisser aux groupes parlementaires le temps de ,·oir clair dans unr situation fort troublée, lorl incertaine. Celle situation drrnit, pour quelque temps encore, devenir plus incertaine, car, dans la nuit du ;>1 décembre 1882, (;amhella mourait à \ïlle-d'Avray. Le rôle qu'il avait joué élail consiMrablc; on s·cn ape,·çul surloul au lendemain de sa mort, car les partis conservateurs reprirent cournge cl entreprirent des manifestations qui émurent le pays loul enlier, particulii·remenl le monde parlementaire dé·semparé. ~lanifesle cl arrestation du prince i'iapoléon, expulsion des princes prétendants, agitations légitimistes dans le ~lidi, propagande anarcnisle très intense, marquée par l'explosion de la place Bellecour à Lyon; grèves graves à ~lonlceau-lrs-)lines arnc intervention de la troupe: menées très acli\'eS de l'élément dit patriote, il n'en fallait pas da\'antage pour provoquer une profonde el inquiétante perturbation. La République scmtlail avoir usé, en fort peu de temps, ses hommes les plus en vue, les plus réputés cl elle lra,·crsail une crise sérieuse, d'autant plus que chaque année le ·budget des dépenses grossissait cl que les charges des contribuables devenaient de plus en plus lourdes: elles étaient fort inéquitablemenl réparties. Oc celle situation le travail parlementaire se resscnlail vivement; il était lent el sans oricnlalion. Le 21 férrier Jt,~3, )1. Jules Ferry était chargé de constituer un nou\'eau Cabinet; il apparaissait comme le seul capable de tenir solidement la barre, d'appliquer un programme délel'll1iné el <l"afl'ronler l'opinion publique, alors mèmc qu'elle se déchainerait contre lui; il élait déjà peu populaire. Le Parlcmcnl qui ,·oyait l'Exln 1me-Gauchc s'augmenter numériquement à ch~quc élection; le Parti socialiste grossir le nombre de ses adhfrcnts et prendre une part tr,'s active aux lu lies électorales, groupant d'appréciables minorités, gagnant des sii'gcs dans les municipalités, à Paris, par exemple, ressentait le besoin d'un« gouvernement fort "• capable de pratiquer une politique de« réaction républicaine». La dés,gnalion de~[. Jules Ferry était indiquée. On ne pouvait oubiier que c"était lui qui, le 31 octobre ISiO, alors que l'llôlel de Ville était tombé aux maïns des révolutionnaires, parmi l'effarement de tous ses collègues, avait été le seul à conse,·ver son sangfroid, à gl'Ouper, à conduire les forces miliiaires donl l'inler\'cnlion inallcnduc avait délivré le gouvernement de la Défense nalillnale. M. Jules Ferry, <JUis'élait manifesté an1igambelliste en maintes circonstances, s'entoura d'amis dérnués de Gambclla, entre autres <le ~Dl. ChallemclLacour, \\"aldeck-Rousseau, dont le rôle devait devenir si considérable par la suite. La rnchc était malaisée; il fallait créer de Ioules pièces une majoril<'. c'est-à-dire rassembler des éléments épars el divisés. Si la situation intérieure élait on ne peul plus compliquée, il y avaiL à faire face aux inquiétudes, aux événements provoqués par l'expédition du Tonkin el les difficultés de tout ordre surgissaient chaque jour, motivant de grandes dépenses el des en,·ois de troupes. Le mouvement <le l'opinion était en général hostile à celle politique d'invasion qui se marquait en Afrique el en lndo-Chine, les uns estimant que
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