J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

482 HISTOIR.i,, SOCIALISTE Ell,•s avaient marché toute la nuit cl la pluie, lombanl par rafales, avail déchiré les tissus tl'Op justes; beaucoup étaicnl presque nues jusqu'à la ceinlurc; quant à leurs chaussures, la bouc uu chemin les avait dé,•orées: elles allaient nu-pieds. On les rcconnaissail bien celles-là: clics boitaient. , .... Cela dura cinq fois vingl-qualrc heures; après quoi, appelé par ordre alphabétique, je comparns cnÎln devant un officier. Je ne sais cc que je lui dis je lui parlai du froid, de la faim, de la pluie el de l'enfant surtout ... li me renvoya. Le lendemain, embarqué à bord d'un train de voilures à bestiaux, je roulai vingt-deux heures! J'avais perdu loul sentiment du jour el de la nuit. Quand je sortis de là, je ne savais si le jour se levail où. si la nuit allait baisser. » (1) Celle peinture des maux endurés par un homme permet de se figurer quel fut le lol des femmes el des enfants, dont certains cl certaines séjourneronl plusieurs mois dans ccl enfer. Mais quïmporlail aux bourreaux le sort de ces femmes cl de leur portée? • Qu'on se rassure, disait le Figaro, allant au devant d'un apitoiement possible, en pensant que Ioules les maisons de tolérance de la capitale onl élé ouvertes par les gardes nationaux qui les protégeaient, el que la plupart de ces dames élaienl des locataires de ces établissements ». El le Dumas Îlls, moraliste patenté de lhéi\lre et d'alcôve, déclarait, lrépignant sm· les cadavres : « i\'ous ne dirons rien de Jeurs femelles (les compagnes des fédérés) par respect pour les femmes à qui elles rcsscmblenl, quand elles sont mortes "· Qu'on se rémémore donc en contraste la captivité exempte de tout mauvais traitement, respectueuse de la personne de ses ennemis el de leur dignité, dans laquelle la Commune avait tenu .ses propres prisonniers, les otages cux-mèlhes, cl qu'on pl'Ononce de quel côlé se trouvaient les barbares, de quel côté les civilisés? Combien furenl-ils au Lola! ces infortunés donl nous venons d'essayer • d'évoquer le martyre? Ici, Versailles n'a pas fui, comme pour les morts, toute précision. Les documents ofûcicls donncnl: arrêtés, hommes, 36.859; femmes, 1.058; enfants, 651. Ces chiffres cependanl demcurenl encore assez en cle~à de la vérité, sans doute, parce que le général Appert el les statisticiens militaires, ses compères, ont négligé de tenir compte des 5 oÙ 6.000 incarcérés qui, ayant eu la chance de pouvoir prouver leur non-participalion au mouvement, ne subirent qu'une détention de minime du,·ée. 45.000 arreslalions, d'après les données diverses, sur lesquelles on peut tabler, parall une estimation plus exacte el nullement oxag~rée: 20.000 du 21 au 29 mai, 25.000 duranl les deux mois qui suivirent. Au début, les prisonniers provenaienl surloul des rànes faites sur la voie publique cl des perquisitions opérées à domicile en vue soidisanl de la reddition des armes. Do là les inévitables méprises, telle que celle dont ful victime le typographe du Gauloisdonlnous avons relaté la trisle aven- (1) r.auloi,, tl '-<'plrmbreH~il. Extrsit d'un article : pirntn moi, de caplivité.

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