J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 483 turc. ~ombre de prèlrcs déguisés en civil, de réaclionnai,·cs très authentiques, furent ainsi compris dans les premiers convois, cl aussi des dames du« meilleur monde» qui figurèrent très bien dans les rues de Paris et de Versailles, les pétroleuses ignobles que dépeignaient leurs journaux. Mais quelques jours plus lard, les arrestations se firent plus méthodiques. La troupe était guidée dans ses démarches par les« Comités d'épumlion » que consliluaienl les bourgeois un peu dans tous les quartiers, et aussi par les déooncialeurs bénévoles. Pour ces derniers, la police tenait fralerncllemenl registre ouvert el le chitîre des dénonciations mon la, du 21 mai au 13 juin, au fabuleux total de 3ï\J.828. Ce lrail en dil plus long que loul peul-êlre sur la vilenie de la classe victorieuse el le caractère implacable qu'elle entendait imprimer à la répression. Le gouvernement ne pournil, il va de soi, juger selon les formes légales, même avec la procédure simpliliée des conseils de guerre, un aussi grand nombre de prévenus. li le pouvait d'aulanl moins qu'il n'avait pris il cet égard aucune précaution, tant if semble avéré quïl ne voulait pas de prisonniers cl qu'il complait bien que l'armée 11·, n ferait pas. Pourtant ces prisonniers élaicnl lù maintenant. Les fusiller tous était devenu une impossibilité devant la France républicaine qui s'émouvait, devant l'Europe attentive qui regardait. Il fallait prendre un parti, fabriquer les tribunaux qui manquaienl. On s'y mil, cl vers le mois d'août l'ère des vens-eances juridiques succéda à l"ère des massacres sommaires. Le supplice des vaincus n'en continua pas moins durant de longues semaines encore. 30.000, déjà traités il l'avance comme des condamnés, a,·aient élé é,·acués sur les pontons ou sur les forts du lilloral de la Manche el de l'Atlantique oil ils retrouvèrent, après un voyage en ,rngons à bestiaux de vingt-cinq, trente el !rente-deux heures, les mtlmes sévice~ el les mêmes tortures quïls arnicnl connus à Satory el à !'Orangerie. 1179d"enlre eux y laissèrent la vie. Ce fui là que la plupart du temps la justice versaillaise alla quérir ses victimes pour les traduire à so barre. Or, ces ,·iclimcs étaient si peu coupables au regard même des brules sanguinaires appelées à statuer sur leur sorl, les preuves du crime ou du délit manquaient si radicalement, que les Gaveau, les Merlin, les Boisdenemelz, les Jobey, les Delaporle el consorts ne purent prononcer au lolal que 10.137 condamnations conlradictoi,·cs, dont 9.285 pour porl d'armes seulement el exercice illégal de fonctions publiques. 30.000 et plus furent donc renvoyés des fins de la plainte purement el simplement, mais après un emprisonnement pré\'enlif, cl quel emprisonnement! qui avait duré des mois'el parfois des années. Ces procès, menés comme des charges à la baïonnelle par des magistrats : officiers, sous-officiers et soldats, les bottes encore dégo(llanles de sang et qui jugeaient, ô dérision! les prisonniers qu'ils n'avaient pu tuer avant, dans le combat ou au cours de la boucherie, aboutirent cependant à souligner le néant des charges sous lesquelles on s'était flatté d'accabler les vaincus et de les

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