HISTOIRE SOCIALISTE 481 couverls de vermine, et bientôt gangrenés d'ulc(•res, dans la range et les ordures accumulées, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfanls ayant pour nomriture unique un crouton de pain, pour boisson une eau rare, souillée d'ignobles déjections. Dans cel!e étable, le boucher, à toute heure de jour et de nuit, descendait el marquait pour la mort les victimes de son choix immédiatement exécutées. Que si l'on veut êlre mieux fixé sur le, sort ;>ar \'crsaillcs réservé à ses prisonniers de g·,erre, sur cc que Thiers el ses collaborateurs ~n répression entend:iienl par « expiation », on lise la relalion qui sui!. C.e récit a le mérite, en plus qu'il donne l'essentiel des choses, d'èlrc elllprunlé à l'un des joumaux les plus réactionnaires du temps, le Gaulois cl d'avoir été écrit par un ouvrier - typographe au Gaulois, précisément - qui se proclame lui-même, non sans orgueil, anti-communard et se vante de s'être caché du 18mars au '21mai, afin de ne pas servir le gouvernement révolutionnaire. Le pauvre diable, à l'instant où il croyait être «délivré», avait été saisi par une palrnuille versaillaise à l'imprimerie du Gaulois envahie, conduit au parc Monceau el de là embarqué pour Satory. Nous devons passer sur le début du récit tout à fait poignant pourtanl, alors qu'on le sépare de son jeune enfant, pour venir de suileau fail. \'oici donc cc que raconte, ce qu'a vu, ce qu'a souffert cet infortuné el avec lui des milliers d'autres. « Nous étions parqués dans un espace enserré; il y avait devant nou$ des murs crénelés el derrière ces murs des soldats armés. D'un au Ire côté, des mitrailleuses étaient braquées; je n'en avais jamais vu. Un voisin demanda ce que c'était; un gendarme répondil, en baillant: Ça, c'est les moulins à café'. C'est avec ça que demain on nettoiera la place ..... Des gendarmes nous ordonnèrent de nous coucher. On obéit. Ceux qui rclardèrenl tombèrent à leur tour, mais pour ne plus se relever; on les avait fusillés ..... . . . . . La journée du lendemain se passa sans apporter aucun changement. . Nous étions toujours couchés. Chaque fois qu'un de nous faisait mine de se lever, les balles sifnaienl au-dessus de nos tètes. Ce n'était rie? alors; mais quand la nuit vint, une pluie abondante tomba et continua sans cesse. En peu de temps, la terre fol détrempée; la silualion devenait insoutenable. Nos habits qui nous avaient collé à la peau loul d'abo,·d s'étaient mainlenanl incrustés dans le sol : boue el hommes ne faisaient plus qu'un. Les plus hardis lcnlèrenl de se lever; mais à chaque mouvement les mcurll·ières vomissaient du plomb, en même temps que les imprécations des soldats ivres; el les balles lancées au hasard frappaient« dans le las», comme avait dil l'officier . ..... Quand le jour se fil, le tableau qui s'offrit à nos yeux fol terrible : il y avait au milieu de ces tas de boue des taches de sang el des morls, des blessés sans secours; c'était horrible! Un grand bruit me lira de ma torpeur. li grandit et un autre bruit parut lui répondre. Bienlvl, je fis comme les aulres: je regardai. C'était un convoi de femmes el d'enfants 'lui s'avança il. Des enfants!
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