J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

480 IllSTOIRE SOCIALISTE Comme par lrnsard, des g~néraux, des officiers supérieurs étaient postés sur la l'Oule du convoi qui devait leur paye,· la dime du sang. GalliOcL, quo Thirrs, lui-m~me, dit-on, avait jugé prudent de tenir /J l'orri,'re-garde, à l'écart de la répression immédiate, était passé mallre en ce genre d'exercices. li surgissait soudain, se nommait et éclaircissait la colonne, selon sa fantaisie du moment, des plus jeunes ou des plus vieux, des plus las ou des plus ingambes, des plus loqueteux ou des mieux vêtus. Ses proursscs ont été contées tout au long dans la presse française cl étrang,'rc, et.il ne les a jamais désavouées. « Dimanche malin, disait Le Tri,.o/ore du :10mai, sur plus de 2,000 fédérés, 111 ont été fusillés dans les fossés de Passy, el cc, dans des circonstances qui démontrent que la ùctoire était entrée dans toute la maturité de la situation. " Que ceux qui ont des cheveux blancs sorlcnl des rangs, dit le général de Galliffet qui présidait /J l'exécution ». Et le nombre des fédérés il tête blanche monta il 111. Pour eux, la circonstance aggravante élail d'être contemporains de 18.J •· Le grand journal tory, Le Standard, dans son numéro du Jer juin, mentionnait 150 prisonnic,·s massucrés le mardi 30, à la porte Maillol, dans des conditions de même ordre. Quand les colonnes arrivaient à \'ersailles, elles y étaient accueillies par tout le beau• monde accouru comme au spectacle, tous les drôles el toutes les drôlesses de la « bonne société ». Messieurs gantés, dames en falbalas se jetaient sur le troupeau hébété el hagard que, 5abrc au clair, fusil chargé, maintenait la soldatesque. lis invectivaient, ils insultaient bassement les malheureux impuissants, et les Messieurs, de leurs cannes, les dames, de leurs ombrelles, tapaient 'dans le las, cherchant les yeux. Les femmes de gendarmes el de sergents de ville, m,'lés ~ux gens de la haute, crachaient à la face des prisonniers, les souffletaient, leur arrachaient la barbe el les cheveux, el plus d'une douairière ou d'une catin de luxe les imitait. Ces scènes immondes provoquèrent un haul-le-cœur chez les correspondants des journaux étrangers, même les plus conservateurs comme le Times et le Standard qui en furent les témoins. « Quelle di0ércnce y a-l-il alors, écrivait le Times, entre les partisans de la Commune el ceux du gouvernement de Versailles? » Après la traversée de Versailles, Satory le terme - terme pl'Ovisoire avant les pontons, avant le bagne ou avant le poteau d'exécution - de cette marche plus angoissante el douloureuse cent. fo\s que celle légendaire du Christ aux pentes du Golgotha. C'est il Satory ou à !'Orangerie tJUe vient s'aplatir enfin, sous les canons braqués el les mitrailleuses chargées, le lamentable troupeau commis à la garde de tortionnaires pires encore que ceux qui jusque-là lui firent escorte. Heureux les morts I comme disait André Léo; ceux-là du moins avaient cessé de souffrir. Les survivants échappés à celle géhenne en parlent encore, aprés trente-cinq années écoulées, avec un insurmontable sentiment de dégo0l, d'horreur el presque d'épouvante. Ce n'était pas un c11chol;c'était une étable où ST<>Uillaieol,

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