J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

li!STOIRE SOCIALISTE 479 La capitale de la réaction élail dt'jà bondée de prisonniers. D(•sle lundi 22, on y en avait dirigé plusieurs centaines, des milliers ensuite: les ordinaires des cours pnhùlalcs, les reniés au,qucls des ,,,ldals, las de tirer, ~vaienl accordé d'a,·enlure la vie sau,·e, el cri,x el celks-là qui, dans les perquisitions, s'étaient trouv~s en présenc;i de détachements moins féroces que les autrcs:car tout était hasard à ce moment, cl tel échappait au peloton qui tlris dans la rue voisine, dans l'immeuble d'en face, aurait élé exécuté dix fois. Mois que valait-il mieux, en ces jours atroces, le mur ou la prison. C'est la question que se posait une femme de grand cœur qui, actrice cl mililanle dans les é\'énemcnts qui ,·enaicnl ùe s'écouler, vil les choses de loul près: André Léo. • Après loul, disait-elle, parlant des morts, ils sonl morts. L'épouvante, l'horrour, l'amertume se sonl éteintes dans ce c<~ur qui ne bal plus, il! ont cessé de souflrir. Mais les prisonniers, quelles longues tortures! El so\J,•cnl, à la fin, quelle morl ! Tous, les femmes comme les hommes, sonl emmenés à pied à V~rsailles; ils lraversenl Paris au milieu d'une foule hurlante qui les suit, les accable de coups, d'imecti\'es, de huées cl de temps en temps cric: A genoux! ordre que les soldais fonl cxéculer en rouchanl en joue les prisonniers. Oans ces derniers jours de mai, nu soleil ardent, on les obligeait à marcher, Mle nue, pendant des lieues. Pou,·quoi'? Parce que les bandits doivent Nre découverts devanl les honnêtes gens! C'est le Figaro qui parle ainsi •· (1) Aux remparts, ils étaient re~us par des détachements de cavalerie qui les encndraienl, el, an pas précipité de leurs montures, les poussaient sur Versailles. lis allaient ainsi, cheminant Jans la poussière, sous le ciel en reu, pieds saignants, gorge desséchée, rer\'cau vide, délir~nls, à demi-fous: triste el pilo)able corl~ge composé de loul ce que la rage cl la peur, le soup~on el la vengeance, le hasard aussi y avaient jeté pNe-rnèlo : des fédérés en uniforme, assez rares pourlanl, la plupnrl a~ant été abattus sur place; des soldais passés à l'insurrection, el reconnaissables à leur capote retournée par ordre; des pompiers de la Commune; des hommes en blouse, d'autres en redingote; des remmes vieilles cl jeunes, celles-ci en modeste tenue d'ouvrifre, celles-là en toilette bourgeoise, certaines en grand deuil, beaucoup avec leurs enfants, les plus petits. pendus à la mamelle, les autres cramponnés à leur vt'lcmcnl. Le tout, cependant, ne formant qu'une masse, un.bloc, captifs cl captives allaehés les uns au,c autres par le poignet dans le mt'me rang, el les rangs reliés entre eux par une corde maitresse qui courait le long de la première file de gauche. El maintenant, malheur à qui butait en chemin, s'arrillait, dofaillail sous le poid1 de lanl de eouflrnnces <'l de tortures, un coup ùe pointe lo relenit; que s'il s'affaissait encore, une balle de re,•oh•er mella1l un terme enfin à eon calvaire.

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