J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

478 HISTOIRE SOCIALISTE partout en tas comme lès ordures •· Thiers, pou,· l'exemple, avait exigé tout d'abord qu'on ne les enlevât pas. Que dire du Père Lachaise, de la prison de la Roquclle el de ses approches, des voies de llelle.villc el Je Ménilmontant, lhMlrc de la lullesuprèmc? Là même où l'on avait procédé à une inhumation forcémcrl hi\live, comme au Parc Montceau, aux pelouses du Trocadéro, au square de la tour SainlJacques, le sol insufûsammenl creusé rendait son trop-plein. Qui le raconte ·1 La presse commuoousc; il n'y en a plus. La presse bourgeoise, les organes les plus prudeots,lcs plus circonspects: le Siècle, le Temps, le Mo11ilwr U11iutrsel. Laissons parler celui-ci : • Cc qui épouvantait le regnrd, dit-il dans son numéro du l" juin, c'était le spectacle que pr6scntail la l,our Saint-Jacques. Les grilles en étaient closes, des sentinelles s'y promenaient. Des rameaux déchir~s pendaient aux arbres, cl partout de grande~ fosses ou-raient le ga,on et creusaient les massifs. Du milieu de ces trous humides, fraichement remués par la pioche, sortaient <;àet là des têtes cl des bras, des pieds cl des mains. Des profils de cadavres s'apercevaient à neur de terre, vtllus de l'uniforme de la garde nationale : c'était hideux ... Coc odeur fort écœuranle sortait de ce jardin. Par instant, à certaines places, elle dc,·enait fétide •· Ces journaux ajoutaient m0me que des gémissements éloufTéscl des cris de détresse pcr~aicnt, la nuit venue, ces amoncellements de pourritures. On s'était lrop pressé à vider les tombereaux, el plus d'un se déballait el nllail encore dans la fosse commune, enterré vivant. Thiers exultant, loul son vœu comblé, mandait à ses préfets : « Le sol est jonché de leurs cadarres; ce spectacle allreux servira de le~on •· Devant ce défilé vertigineux d'horreurs, la bourgeoisie cependantprenail peur. D'affreuses mouches à viande infestaient l'atmosphère el la voie publique se couvrait de martinets morts de l'ingestion de ces mouches. Les dirigeants redoutèrent la peste. Les journaux propagèrent l'alarme. • Il ne faut pas, disait !"un d'eux, que ces misérables <1uinous onl fait tant de mal de leur vi, anl puissent encore nous en faire après leur mort "· On saupoud1:a de chlore les amas de chairs putrides qui représeulaie11t tout ce qui restait de ces « miséral>les •: mais les effluves peslilenliclles n'en persistaient pas moins. On essa)a do dissoudre ces morts récalcitrants par la chaux el la potasse, do les incinérer par le pétrole. En vain, comme on tuait toujours, il y en avait toujours. Il fallait s'arrêter, souscrire au moins un • sursis•, ainsi c1uele réclamait Paris-Journal. Alors retentirent les premiers appels à la pitié. « Assez d'exécutions, assez do sang, assez de victimes •• s'écria le National. l,l le Temps: • Le moment est venu de distinguer entre les partisans aveugles, les simples soldats el les chefs. • El !'Opinion Nalionalt: « A côté des droits de la jusllce, on demande un enmeo sérieux des inculpés. On voudrait ne voir mourir que les vraie coupables •· Les feux de peloton s'cspacl'rent donc el le oelloyage put commencer. Plue longues se firent aussi les 6les de captifs acheminés sur Vèrsailles.

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