J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

4i4 HISTOIRE SOCIALISTE lice. Ces hommes, ces femmes, ces adolescents que l'armée immola à la réaction cl au Capital triomphants finirent en héros en môme temps quïls finissaient en marly~s. A leurs derniers moments, la splendeur d,it l'idéal socialiste illumina leur pensée el haussa lcurcc('Ur. lis sentirent, beaucoup confusément, mais Lous sentirent l'excellence el la sublimité de la cause pour laquelle ils succombaient el que leur sang ne coulerait pas en vain, qu'il allait s'infiltrer au profond des veines de la terre pour y féconder l'avenir el ils s'oITrirenl aux balles calmes el forts pres11uejoyeux. On n'en cite pas un qui ail faibli, demandé grtlce aux bou,-reaux. Ceux qui résistèrent, se débattirent comme les faux Vallès, les faux Hillioray, ceux-là n'étaient pas des comballanls de la Révolution, mais des neutres, souvent mllme sympathisant avec les vainqueurs que la troupe cl la foule, dans leur surexcitation aveugle el sauvage, jetaient au mur par erreur. Les n-ais Communeux se distinguaient, au contraire, en ceci qu'ils regardaient la mort en face, sans p,\lir ni trembler. A cet égard, les témoignages sont Lous concordants. Le Petit Monjleur, du 29 mai : « Les condamnés montrent autant d'insouciance que d'énergie. Forcés de franchir les cadavres de ceux qui ont élé fusillés avant eux, il les enjambent en faisant une pirouette el commandent eux-mêmes le feu». -:- Lt! Gau/ois, du 13 juin, parlant plus parliculii·remcnl des femmes el Sarcey écrirnnl : « Toutes celles qu'on a vu exécuter sommairement par des soldats furieux sont mortes l'injure à la bouche, avec un rire de dédain, comme des marl) res qui accomplissent, en se sacrifiant, un grand devoir». - L'E toile, un des journaux de la bourgeoisie belge, des plus violents contre la Commune: « La plupart ont été au devant de la mort, comme les Ar·abcs après la bataille, avec indifTérence, avec mépris, sans haine, sans colère, sans injure pour leurs exécuteurs. Tous les soldats qui ont pris part à ces exécutions el que j'ai questionnés, ont été unanimes dans leurs récits. L'un deux me disait: « ::'fousavons fusillé à Passy une quarantaine de ces canailles. Ils sont Lousmorts en soldais. Les uns croisaient les bras el gardaient la tète haute. Les autres ouvraient leurs tuniques el nous criaient: « Faites feu! Nous n'avons pas peur de la mort», La réaction se demandait interdite cl anxieuse d'où pouvait bien procéder celle superbe des vaincus quiJa soufnclailainsi au vi~agc. On rencontre encore la trace de ces préoccupations dans les dépositions à la Commission d'enquèle sur les événements du 18 mars, un an aprc's. Le comte de lllun cherchant dans sa conscience de pieux catnoliquc une explication infamante mais qui ne fait que souligner mieux son embarras el celui de sa caste, disait notamment : « Leur résolution très arrêtée est de renoncer absolument au travail. El c'est ainsi, je crois, qu'on peul expliquer le cynisme avec lequel ces gens se sont fait tuer : non pas que leur résistance ail été aussi énergique qu'elle aurait pu l'être, mais ils sont Lousmorts avec une sorte d'insolence qui, ne pouvant pas être allribuée à un sentiment moral, ne peul ôlrc nllribuéequ'à la résolution d'en finir avec la vie plutôt que de vivre en lravnillanl. » L'outrage du noble comte

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