J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 473 peine.« Avez-vous pris les armes? Avez-vous servi la commune? ~lontrcz vos mains. » EL c'était tout. Sans attendre la réponse, le juge sur la mine du patient, au gré de ses impressions, de son caprice pronon~ail le verdict. Quel verdict'/ Le Gaulois nous le dit: « Après le jugement, le président les fait passer parla porte de droite ou par celle de gauche, suivanlleurdegré de culpabilité. Ceux qui sortent par la porte de droite sont dirigés sur Versailles, dans les convois de prisonniers conduits à Satory. Ceux qui sortent par la porte de gauche sont entrainés à la caserne Lobau el immédiatement fusillés» (1). Vabre disait encore: « Transférez à la brigade » auquel cas, ajoute la Nation française du l" juin« l'accusé n'a plus qu'à recommander son âme à Dieu. » Au Luxembourg, de même, les condamnés étaient« ordinaires » ou « classés ». « Ordi11aire » c'était Satory, « classé » le peloton. Ainsi, si on le remarque, les bourreaux évitaient d'appeler la mort par son nom, comme s'ils eussent eu le vague sentiment de leur propre ignominie. Conduits à Lobau par fournées, enchaînés el sous les vociférations cl les huées des • honnêtes gens », les « classés » du Chùtelel étaient livrés aux gendarmes qui les poussaient dans la cour el, même sans les aligner, tiraient dans le las ainsi qu'à la chasse. Beaucoup, blessés seulement, se relevaient, couraient le long des murs, jusqu'à ce qu'une balle mieux dirigée les allrapi\l au vol. Un prêtre en permanence offrail à chaque fournée survenant les secours de sa religion, • mellanl le visa de l'Evangile sur celle tuerie infâme ». Édouard Moreau, du Comilé central, el Jacques Durand, d~ la Commune, furent de l'une de ces fournées. li y eut des femmes, des jeunes filles, des adolescents, el jusqu'à de tous petits enfants. « J'ai vu, a dit un témoin que cite Camille Pelletan, sortir de la Cour martiale (le dimanche 28 mai, à 2 heures de l'après-midi) six enfants conduits par quatre sergents de ville. L'aîné des enfants avait à peine douze ans, le plus jeune à peine six ans. Les pauvres petits pleuraient en passant au milieu de la haie formée par ces misérables (la foule) .... « A morl ! A mort! » criaient ces bêles fauves, « cela ferait des insurgés plus tard ». Le plus pelil des enfants était nu-pieds dans des sabots, n'avait que son pantalon el sa chemise el pleurait à chaudes larmes. Je les ai vus entrer à la caserne Lobau. Au moment où la porte se referma sur eux, j'ai dit : « C'esl un crime de tuer des enfants •· Je n'ai eu que le temps de me sauver, sans quoi j'allais au Châtelet comme tant d'autres • (2). Après chaque exécution, on débarrassait la cour des cadavres qu'on enterrait provisoirement au square Saint-Jacques. Le Siècl, du 29 mai estimait déjà à plus de mille le nombre des inhumations qui avaient été pratiquées en cet étroit espace. El maintenant que nous avons du moins entrevu comment on les tuait, ne faul-il pas dire d'un mol comment ils mouraient? Certes! cl ce ne sera que jus- (i) Gafllo1• du i9 mai. (i) Camille Pdletan. La Semaine d, Mai, page 2'ti.

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