J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 475 passe, mais la conslalalion reslc. Elle révi•lc d,• quel côlé, en quel camp se trouvait la foi agissanlc cl vivanle, celle qui conquerra le monde. Le voudrait-on que l'on nc saurai! raconlcr la noble fin de chacunc de ces nobles victimes, !rente mille, plu& peul-t'Lrc. llc la plupart, en cf.fol, rien ne subsisle, fùl-ce le nom, le meurtrier ayant poussé le dédain jusqu'à négliger d'identifier les cadavres. Pour l'une d'elles cependant qui lui paru! de choix, le ,·ainqucur s'est monll·é plus loquace. Haconlons donc aussi; lc récit vaudra pour loulcs. El aussi bien, c·esl de Varlin qu'il s'agil, c'est-à-dire de l'homme qui personnifia le plus fidèlement peul-être loul cc que la classe ouni ère, dont ri sortait, cul en ces temps de ferme, de sain cl de généreux. Eugène Yarlin avait jusqu'à la derni,'rc minulc combattu aux barricades. Le dimanche, à midi, il faisait le coup de feu encore. rue Fontaine-au-Roi. A 1 heures, place Cadet, comme il était assis à la !errasse d'un café, il fut reconnu par un Jll"èlre en civil qui le désigna à un lieutenant qui passait, Sicre, du Gï• d'infanterie. Sicre se saisit du coupable cl, avec quelques bourgeois de bonne volonté, lui lia les mains derr·ièrc le dos, puis l'achemina vers Monl1J1arlre. Ici nous laissons la parole à un journal royaliste, le Tricolore, que l'on ne suspeélera pas el dont le récit ful de Lous points confirmé cl au delà au cours du 1irocès sul,séquenl qui se déroula à Yersailles. "La foule grossi sa il de plus en plus el l'on arriva avec beaucoup de peine au bas dos Bulles-Montmartre, où le prisonnier fut conduit Jevanl un général dont nous n'avons pu retenir le nom (c'était Laveaucoupcl). Alors l'officier de service chargé dc celle lrisle mission s'avança cl causa quelques instants avec le g6néral qui lui répond il <l'une voix basse el grave : ,, Là, derrière ce mur. » ' « Nous n'avions enlendu que ces quatre mots, cl quoique nous doutant de leur signification, nous avons ,·oulu voir jusqu'au bout la fin d'un des acteurs de cet affreux drame que nous avons vu sc dérouler devant nos yeux depuis plus de deux mois; mais la vindicte publique en avait décidé aulremenl. Arrivé à l'endroit désigné, une voix dont nous n'arnus pu reco11nallre l'auleur el qui ful immédiatement suivie de beaucoup d'aulres, se mil à crier : « li faul le promener encore; il est trop Lol ». t·ne voix seule alors ajoute : « li faut que la justice soit faite rue des Hosiers, où ces misérables ont assassiné les généraux Clément Thomas cl Lecomte. » Le triste cortège alors sc remit en marche, suivi par près de deux mille personnes, dont la moilié appartenait à la population de Montmartre. "Arrivé rue des Rosiers, l'étal-major, ayant son qua,·ticr général dans celle rue, s'opposa à l'exécution. li fallut donc, toujours suivi <lecelle foule augmentant à chaque pas, reprendre le chemin des Bullcs-~lontmartr~. C'était de plus en plus fun~bre, car, malgré tous les crimes que cet homme avait pu commettre, il marcha\l avec tant de fermelé, sachant le so1'l qui l'attendait depuis plus d'une heure, que l'on arrivait àsouflrir d'une aussi longue agonie. Enfin, le voilà arrivé. On l'adosse au mur el, pendant <1uel'officier faisait ranger ses

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