J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

IIISTOIHE SOCT/\LIS'fE recouvre Lous ces bruits de sa grande voix sinistre. L"heure de la guen·e. des rues csl revenue. Le Parisien y est de longue date entraîné. Le dernier mol n·esl pas dil peul-yll·c, malgré le désarroi premie,·, inévitable, causé par la brusquerie de l'allaque. Mais où donc se dirigent tous ces gardes nationaux en armes, résolus cl pr<lls à faire quand m,'me il la Hévolulion un bouclier de leurs poitrines? Au front, apparemment, ,ers les quartiers envahis el occupés, à la place \\'agram, au Palais d~ lïndustric, à la gare de Montparnasse, à la rencontre des bandes de Versailles"! Point. Chacu11 a h;itc de rompre une solidarité qu'il a toujours, du reste, impatiemment supportée et Je rejoindre son quartier, sa rue, son carrefour pour y aller conslrui,·e la barricade de pavés qui en barrera l'accès, sans plus se préoccuper des alentours et surtout de l'ensemble du champ de bataille. En vain, des officiers plus clairvoyants supplient, adjurent ces insensés de garder leur rang, de se maintenir groupés cl d'aller faire face en masse à l'assaillant là où il se trouve, où il menace. Ces adjurations sont impuissantes à enrayer la débandade universelle, la dislocation générale. A celle diolocalion préside le délégué à la Guerre en personne, Delescluze. Il fait mieux que d'y préside,·; il la sanctionne; il l'ordonne. C'est lui qui p.-oclame le salut dans la désorganisation par l'appel fameux 01'1 il s'écrie: « t\ssez de militarisme; plus d'états-majors galonnés el dorés sur Ioules les coulures! Place au peuple, aux combattants aux bras nus! L'heure de la guerre révolutionnaire a sonné. Le peuple ne connaît rien aux manœuvres savantes; mais quand il a un fusil sous la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas l~s stralégisles de l'école monarchique. Aux armes! citoyens, aux armes! .... Si vous muiez que le sang généreux qui a coulé comme de l'eau depuis six semaines ne soil pas infécond ... , vous \'OUS lèverez comme un seul homme, cl dc,·anl ,·otre formidable résistance, l'ennemi qui se naue de vous remettre au joug en sera pour la h~nle des crimes inutiles dont il s'esl souillé depuis deux mois ... La Commune compte sur vous, comptez sur la Commune! » C'était la faute supr!'me, irri·parable. D'ûn trait de plume Delescluze abolissait ce qui restait d'ordre, Je cohésion chez les soldats de la Hévolulion. li proscrivait loul plan d'ensemble en mème temps que Ioule discipline. Ce jacobin glorifiait el imposait la rnélhode fédéraliste, si l'on peul dire, là où son application devait èlre plus que nuisible; mortelle. Le soin de la défense élail abandorv1é par lui à l'inilialivc, à la sponlanéilé, à l'inspiration des groupes cl des individus isolés. Aucune direction supérieure pour coordonner, régler les efforts. li en va résulter fatalement qu'au lieu d'une résistance systématisée el militairement conduite qui, à coup stlr, aurait tenu longtemps l'adversaire en échec el lui amail certainement innigé des perles considérables, il n'y aura que des engagements partiels el inefficaces oit les insurgés, par petits paquets, se feront h:1cher el écraser successivement dans un corps à corps inégal el désespéré. La Commune finira ainsi, comme Juin, par une

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