J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 439 lois el de Clichy Jtait abandonnée. Les çanons de )lontmartre, sur lesquels on a,·ail compté, mal pointés, par imr>éritie ou à dessein, décimaient les milices parisiennes au lieu de porter leurs ravages dans les rangs de l'assiégeant. Au Bois de Boulogne, les forces versaillaises, la Seine franchie sur un pool de bateaux, s'établissaient solidement à l'abri des fourrés, creusaient des cheminements et ouvraient une parallèle, en arrière des lacs, courant jusqu'à la hauteur de la porto de la Muellc. La situation se tendait donc de plus en plus. La veille, critique, elle devenait désespérée. A la Commune, on n'en continuait pas moins à s'entredéchirer. Lo conllit a,·ait re1·ètu un caractère d"acuité extrême. La majorité poursuivait de sa sotte et épaisse rancune la minorité, délogeail Vermorel do la Commission de sùret6 générale, Longuet de l'Of{iciel, oit il était remplacé par Yésioier, substituait à la Commission do la Guerre, à Avrial, Tridon, Varlin, Johannard, des brouillons incapables. La minorité froissée de ces évictions, cl plus encore de l'ostracisme gcnéral quo la majorité faisait peser sur elle, se laissait aller de son côté à ses nerfs. !:;lieavait résolu de foire entendre, à la séance du 15, sa protestation motivée; mais la majorité, en s'absleoanl, comme elle en prenait l'habitude, ,l'assister à la séance, ne le lui avait pas permis. llééditant la faute de Rossel, la minorité avait alors décidé de porter directement la cause devant le public. Le 16, les journaux paraissaient publiant un document dans lequel était dénoncée l'abdication de la Commune entre les mains d'une dictature dénommée de Salut public, que la minorité déclarait ne pouvoir ni accepter ni rccoooallre. • Dévoués à noire grande cause communale, pour laquelle tanl de citoyens mouraient tous les jours, disait le document, nous nous retirons dans nos arrondissements trop négligés peul èlre. Convaiucus d'ailleurs que la question de la guerre prime en ce moment Ioules les autres, le Lemps que nos fonctions municipales nous laisseront, nous irons le passer au milieu de nos frères de la garde nationale cl nous prendrons noire part do celle lutte décisive soutenue au nom des droits du peu!)lc "· Suivaient vingt-deux signatures : Beslay, Jourde, Theisz, Lefraoi;ais, Eug. Gérardin, \'ermorcl, Clémence, Andrieu, Serraillier, Longuet, Arthur ,\rnould, V. Clément, Avrial, Ostyo, Fr:cnckel, Pindy, Amold, Jules Vallès, Tridon, Varlin, Courbet el Malon. C'était la rupture avouée, irrévocable, malgré les précautions de fo,·mo. Ce refus de siéger équivalait à une scission. Mais c'ctait pis encore : la Commune blessée dans son organisme directeur par ceux mêmes qui savaient bien que l'ennemi, et l'ennemi seul, prolllerail do l'expression rendue publique de leur colère el de leur opposition el quïls couraient le ris11ue, sïls Haienl écoutés, de couper cn deux Paris ouv,·ier cl révolutionnaire à la veille de l'uaaul décisif auquel s'apprêtait Versailles.

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