J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 435 pas » et tourne bride. li rentre alors au ministi•re de la guerre où on lui apprend l'évacuation du fort d'lssy. li prend sa plume, trace les deux lignes suivantes : « Le drapeau tricolore flotte sur le fort d'lssy abandonné hier par la garnison ». Et, sans mème en référer à la Commune ou au Comité de Salut public, il ordonne l'immédiat afr.chagc de cet étrange libellé à dix mille exemplaires. Puis il écrit encore, cette fois sa démission, acle d'accusation contre la Commune, le Comité de Salul public, le Comité central, le Comité d'artillerie, la garde nationale, contre tout, sauf contre lui. « Citoyens, membres de la Commune, disait-il, chargé par vous à litre pro• visoire de la délégation de la Guerre, je me sens incapable de porter plus long, temps la responsabilité d'un commandement où tout le monde délibère et oil personne n'obéit. Lorsqu'il a fallu organiser l"artillcrie, le Comité central d'artillerie a délibéré el n'a rien prescrit ... La Commune a délibéré cl n'a rien résolu ... Le Comité central délibère el n'a pas su encore agir ... Pendant cc temps, l'ennemi enveloppait le fort d'lssy d'attaques a1•enturcuses cl imprudentes donlje le punirais si j'avais la moindre force militaire disponible." Rossel racontait ici l'évacuation du forl, p11isil indiquait que le matin, àla place de la Concorde, au lieu des dome mille l:i mmes qui lui avaient été promis, il ·n·cn avait trouvé que sept m:11,·'.et il, 0•1cl11ait: « Ainsi la nullité du Comité d'artil1erie empêchait l'organisation de rart.Jlcrie; les incertitudes du Comité central de la Fédération arrêtent l"adm·n:slral <•n; les préoccupations mesquines des chefs de légion paral)SC 11 la m, b•..,alion des troupes ... Mon prédécesseur a eu tort de se débattre au milieu ,!1, cette situation absurde. Éclairé par son exemple, sachant quo la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de la situai ion, j'ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action ou me retirer. Je ne briserai pas l'obstacle, car l'obstacle c'est vous el votre faiblesse; je ne veux pas attenter à la souveraineté publique. Je me relire et j'ai l'hor,.neur de vous demander une .cellule à Mazas. " A qui allait-il envoyer maintenant ce réquisitoire? A la Commune'/ :\'on. li l'envoya à la presse, mettant Paris, mettant Versailles, mettant l'ennemi dans la confidence de ses rancœurs el dans le secret de la faiblesse de l'insurrection. La Commune réagit sous l"outrage. Pyat triomphait: « Je vous l'avais bien dit, s'exclamait-il, que c'était un tra1tre, mais vous n'avez pas voulu me croire. Vous êtes jeunes, vous n'avez pas su, comme nos maltres de la Convention, vous défier du pouvoir militaire. » A l'unanimité, moins deux voix, celles de l\lalon et de Gérardin, l'arrestation de Rossel ful décidée, el la Commission de la Guerre chargée d'exécuter le décret. La Commune procéda ensui le à la réélec· lion de son Comité de Salut publié qui sombrait, par la même occasion, dans la tourmente. La minorité prit part, celle fois, au scrutin; mais tous ses candidats furent évincés. La majorité f1t passer sa liste entière, composée d'Arnaud, Delescluze, Eudes, Gambon et Ranvier. R~tait à arrêter Rossel. Delescluze, avec les autres membres de la Commis-

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