J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 385 du 3 avril el l'impéritie des officiers qui l'avait conduite, - il coosliluail cependant une force qni, par sa composition el la discipline qu'il prétendait lui imposer, semblait élre surloul destinée à des opél'8lions d'offensive accompli~s en rase campagne. La pente était si glissante que plus lard Rossel t,lchera, précisément avec ces compagnies de marche, de former une véritable petite armée pour guerroyer hors des fortifications el provoquer les Versaillais à une bataille rangée. D'autre part, de celle armée de première ligne, car c'était bien cela, Cluserel excluait, avec les hommes ayant dépassé la quarantaine, beaucoup des plus fermes et des plus ardents combattants de la cause ré,•olutionnaire, aiosi qu'oo le vit à l'épreuve. Eocore s'il eut su tenir la main à l'application de ses décrets, suivre son plan; mais ces décrets, comme les autres, demeureront lettre morte el son plan ne sortira pas des cartons. Il a voulu, semble-t-il, une armée jeune et active de 50 ou 60.000 comballants. Or, il n'aura jamais sur la ligne de feu plus de 5 à 6.000 présents el toujours les mèmes. Libéré de toute lulelle du côté de la Commune, ayant de la sorle carte blanche, il sera impuissaol à se faire obéir du Comité central, des Conseils de Légion, du Comité d'Arlillerie. Il ne pourra mème instaurer quelque discipline, quelque régularité, quelque ordre dans ses bureaux, autour de lui. L'autonomie qu'il a conquise sur la Commune el qu'il garde jalousement, ses subordonnés la conquèreronl immédiatement sur lui el la confusion el le gilchis prévaudront à l'hôtel de la rue Saint-Dominique comme ailleurs, plus qu'ailleurs. Si Cluseret avait trouvé son armée, l'armée n'avait donc pas trouvé son général : les espéraoces de Tridon oe s'étaient pas réalisées. Cluseret tint vingl-huil jours le ministère de la guer1'e et après une tentative donl nous venons d'essayer d'esquiss.,r le sens, il se laissa glisser à l'apalhie el à l'inertie. Ces vingl-huil jours que Versailles mil si largement à profil pour parfaire sa force militaire, la consolider, en accroître les contingents, les appuyer de l'artillerie et de tout le m~tériel nécessaire, Clusercl les employa à paresser el à somnoler. Une nuil que les forts de Vanves el d'lssy avaient fait un vacarme d'enfer el tenu tou L Paris en émoi depuis dix heures du soir, Lefrançais, qui avait surpris Cluserel au réveil, après un long el paisible repos, disait: « li faut avoue,· que la Commune possède un délégué à la guerre d'un grand calme el d'une remarquable puissance de sommeil. Mâtin, quel dormeur! » Cluserel alla cependant plusieurs fois au feu, el il y alla en brave, coiffé de son habituel chapeau mou, la canne à la main, sans souci des balles el des obus. Mais c'était bien de cela qu'il s'agissait. La Commune n'avait pas besoin de· soldats courageux; elle en possédait à revendre. Ce qu'elle demandait, c'était un chef militaire, un organisateur el un tacticien qui sut vivifier, ordonner les énergies combatives· qui foisonnaient au profond de la classe ou ,-rière el se lraduisirenl par tant d'actes d'héroïsme déréglés el quasi-inutiles; c'était un chef militaire qui, s'il renonçait à l'offensive, comme la leçon de l'expérience le lui

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