HISTOIRE SOCIALISTE 353 SOIITIE OU 3 AVRIL C'était un dimanche, nous l'avons dit. Dix heures du malin, les Parisie ns Otlnaienl el musardaieol dans les rues, devisant aux tables des caf és, au comptoir du marchand de vins; les ménagères allaient aux provisions ou en re,·eoaienl; les gamins jouaient sur les trolloirs quand, interloqués, su rpris, tdus enlendirenl relenlir à l'horizon la grande voix du canon. Les uns pensaient : ce sont les artilleurs de Montmartre qui s'égayent; d'autres : c c sonl les Allemands qui céli:brenl bruyamment quelque saint de leur calen drier. )lais non, le groodemehl d'orage venail de l'Ouest, de Courbevoie ou de Xeuilly. Pas de doute possible, c'était l'armée des ruraux qui prenait l 'olTen- ~ive, les premiers obus versaillais qui mordaient les pierres des fortifica tions. llepuis plusieurs jours, sans doute, quelques coups de fusil avaient él é tirés aux a,·ant-posles enlre grand-gardes Yersaillaises et parisiennes en c ontact vers Courbevoie, Meudon el Clamart; mais ces escarmouches avaient ét é sans portée ni gravité; elles ne représentaient pas une action d'ensemble, ne relevaient pas ou ne semblaient pas relever d'un plan méthodique et con certé. Elles laissaient en conséquence la situation en l'état, ne troublaient pas , dans leur rêve d'apaisement et de conciliation, les dormeurs éveillés qui, dans l'enceinte, restaient légion, )lais, en celle matinée du '2 avril, les choses changeaient d'aspect. Des masses serrées et compactes, avec artillerie, équi pages et ambulances, une armée en campagne marchait sur Paris. Le canon p arlait, disant le ferme propos dP la Coolre-Révolulion de ne s'en remettre q u'à la force pour sanctionner le conflit. Le pas décisif était franchi; la guerre civile commençait. Voici comment l'attaque s'était produite. A huit heures el demie du ma lin un détachement de gendarmerie se présentait au pool de Neuilly, oçcup é par quelques gardes nationaux, el tentait de forcer le passage. Hepoussé, i l était suivi dans sa retraite par deux ou trois bataillons fédérés, donl le 3 7•. de Puteaux, qui s'était joint aux Parisiens. Ayant reçu du renfort, les genda rmes faisaient alors volte face, el durant trois quarts d'heure, des feux de p eloton très meurtriers se succédaient des deux côtés. Les gardes nationaux ten aient bon quand les obus se mirent à pleuvoir dans leurs rangs. C'étaient les c anons el milratlleuscs établis par \'iooy sur le versant du ~!ont-Valérien qui entr aient en ligné. Les fédérés ne disposaient pas d'artillerie pour la riposte; une pa nique s'empara d'eux el en désordre ils repassèrent la Seine. Là, leurs officie rs les rallièrent derrière la barricade qui couvrait l'entrée du pont, sur la rive d roite, el le combat de mousqueterie recommença. Pendant que se déroulaient rapides les péripéties de celle escarmouche, les lroupes versaillaises achevaient, à quelque distance de là, leur concentration.
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