J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

352 HISTOIRE SOCIALISTE fournil lui•m~me les moyens, en nous renvoyant un nombre assez considérable de nos prisonniers, dont il avait suspendu le retour par suite des contestations sun·cnucs ». Un outre témoin, dont la déposition a dans l'occurence une ,·aleur égale à celle de Thiers, le général Vinoy, commandnnl en chef de l'armée de \·ersnilles, a été plus explicite encore et indique que, jusque dans le détail, Bismarck s'cmployn à aider ses bons amis les ennemis. • Les quinze jours, a-t-il écrit()), qui s'écoulèrent du 19 mars au 2 avril furent de part el d'autre employés à rorganisalion des forces militaires qui allaient engager la lutte. li fallait avanl loul augmcnlcr l'efTcctif de l'armée el on ne pouvait le faire qu'avec l'assenlimenl des Prussiens. Les négociations ouvertes à ce sujet furent couronnées d'un plein succès. L'Élal-~lajor allemand, après en avoir référé à l'empereur Guillaume, consentit à ce que l'armée qui devait tenter de reprendre Paris sur la Commune ful portée de 40.000 à 80.000 hommes. Ce chifTre fut mème peu après augmenté de 20.000, el au moment oi, nous pllmes rentrer dans la capitale, l'armée dite de Versailles dépassait 100.000 combattants. Elle fut reconstituée surtout au moyen de nombreux prisonniers de guerre que l'.\llcmagne nous rendit. en commen~anl par les officiers, cc qui permit de ~ormcr aussitôt des cadres nouveaux où furent reversés les soldats qui arri\!èrcnl ensuite,,. Cela n'a pas empêché les plumitirs bourgeois, qui onl eu la prétention t1·écrire rt,istoirc de la Commune, d'affirmer que le Prussien aida Paris, le favorisa, qu'il couvait d'un œil sympathique el quasi-fraternel le mouvement ré,·olutionnaire. Il aima el favorisa si bien Paris, qu'il lendit au boucher le couteau de l'égorgemenl. Le mensonge est donc nagranl; mais il n'en continuera pas moins à ôtre réédité tant qu'il y aura un régime capitaliste el une histoire officielle écrite par les valets de ce régime, alors que si la bourgeoisie francaise n'était pas une ingrate, elle aurait élevé déjà b. Bismarck, son sau,eur avec Thiers, un monuoncnl de sa reconnaissance à la Terrasse de !'Orangerie ou au Plateau de Satory. A la date oü nous sommes parvenus, l" avril, les bons offices de Bismarck, le temps manquant, n'avaient pu produire leur plein elîet, mais dès lors Thiers possédait l'assurance de ne pas man,1uer, quand il la lui faudrait, de la chair à canon nécessaire. D'où sa superbe qui éclate dans une autre des phrases célèbres de sa déposition : « Dès que je fus parvenu à réunir 50.000 hommes, je me dis que le moment élail venu de donner une le~on aux insurgés •· Ce moment porte une date, celle du 2 avril, el la déclaration que l'on vient de lire établit péremptoirement qu'à celle date, comme au 18 mars, le « parti de l'ordre• fut l'agresseur, le provocateur, ouvrit le feu.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==