J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

298 lllSTOIHE SOCIALISTE vante reçue du chef du quartier général ennemi: « Les troupes allemanMs ont ordre de garder une attitude passive, tant <1ueles rvénements, dont l'intérieur de Paris csl le lhêi\lre, ne prendront point à l'égard de nos armées un caract,'re hostile. " L'offensi,·e populaire se trouva aussi favorisée de ce fait que l'entente, il faut Lien le dire, n'était pas complète parmi les maires. Si certains, à la remorque de Thiers, marchaient d'un cœur joyeux à la bataille contre le Comité cenl.-al, d'autres prenoicnl au sérieux leur rôle de pacificateurs el n'admetlaienl pas que leur opposilior, au Comité ne se doubl,ll pas d'une pression résolue sur l'Assemblée nationale, à l'ellel de lui arracher les concessions indi~pensablcs, à leur sens, au rétablissement de la concorde publique. Les conciliants forçant la main aux implacables devaieul précisément, en celle journée du 23, les engager à une démarche solennelle aup~ès de \'ersailles, dont les péripéties influenci•renl profondément les événements. Celle démarche donna lieu, en effet, à une sc~ne scandaleuse oi, les réacteurs de l'As~emblée dévoilèrent la slupidilé el la férocité de leurs instincts. Quand les maires et adjoints, une vingtaine, avec leurs insignes cl leur écharpe, apparurent en séance dans la tribune que la questure leur a,,ail résen·ée, ils lombaienl à point. Sur la proposition d'un La Rochetulon, l'Assemblée venait de ,·oter une loi portant formation, dans les départements, de bataillons de volontaires chargés de protéger la souveraineté nationale el de réprimer l'insurrection de Paris, autrement dil de décréter l'organisation de la guerre civile. Dès que les maires sont entrés, Lous les regards con,·ergenl vers eux, el une agitation intense se propage de banc en banc. La gauche se lève el acclame au cri de:« Vive la République! ». La droite el le ccnlre ripostent par le cri de : (( Vive la France! >> Puis, des gorges des ruraux, une vocifération monte:« A l'ordre! A l'ordre! ». Henriquinquisles, orléanistes quitlenl la salle en fa~on de proleslalion, el le président, complice - c'était le républicain Grévy - lè,·e la séance. Le soir, à la reprise, quelques maires sont encore présents. Arnaud de l'Ariége, député cl maire du VII', donne lecture d'une déclaration demandant que l'Assemblée se melle en rapport permanent avec les maires, les aide, les appuie dans leur œu,•re de pacification el que, dans ce Lut, loul de suite elle fixe au 28 du mois l'élection du commandant en chef de la garde nationale, el au a avril, si possible, les élections municipales. La droite, le centre hurlent, trépignent. Ces propositions si anodines, si restrictives sont renvoyées pour enterrement à la Commission. L'épreuve élail décisive. Versailles ne tolérait les maires que s'ils se consliluaienl les complaisants serviteurs de ses vengeances el de ses représailles; que dis-je'? même à cette condition, elle ne les tolérait pas encore. Parisiens, elle les enveloppait dans le senlimenl général de réprobation el d'exécration que lui inspirait Pttris. Les maires comprirent sans nul doute. Pourla11l,ilsdemeurèrenl,au premier moment, sur la réserve. Thiers avait fait le mol à leurs chers de file, à

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