HISTOIRE SOCIALISTE 28ï ceux-là, honn~tes cl bien inlcntionn<'s, comme pl'Obablement Bom·alel et )lottu, furent dupes: voilà loul. En tout cas, Thiers ne s·y méprit pas. L'action négociatrice cl conséquemment déprimante des maires avait emploi dans son plan. Incertain eneore de lïssue, il ne dédaignait pas de se réscncr une porte de sortie. D'autre part, il savait son Paris et nïgnor3il pas. notamment. quP, si la classe ouvrière était tout entil•re lev(•e ~onlrc le gou"erncment, la boul'geoisic petite cl mème moyenne était, pour son compte, compli-lemcnl désaffectionnée <lece m~mc gou,·crnemenl, indifférent<\ sinon hostile. ~·esl•il pas de Tirarcl. c'est-à-dire de son confident parisien le plus intime, ce propos significatif tenu à la Commission d'enquèle, comme il parlait de l'étal d'esprit des personnes qui, par situation, auraient semblé les plus intérnssées au maintien de la tranquillité publique : « Ils manifostaienl une égale répugnance pour Ycrsailles et pour le Comité central ». La lactique n'était donc pas inutile qui avait pour objcl de ne pas froisser irrémédiablement ces éléments par une attitude trop uniment brutale el pro,·ocantc, cl de courir le risque ainsi de les fixer dans leur attitude expeclanle ou mèrne de les rejeter vers l'ennemi. c·esl en ce sens que devait sen ir l'action des maires, trompe-l'œil cl dérivatif. Leurs négociations amusaient le tapis cl dissimulaient le restant de l'opération, l'essentiel, qui s'exécutait à \·ersaillcs. _\près ces quelques considérations, suffisantes pour lïnslant, mais sur les<Juelles il com·iendra de revenir quand il s'agira de juger, après coup, la besogne accomplie, reprenons le récit des faits. Donc, réunis le 19, à 2 heures, à la mairie du Ill•, les maires y prolongeaient leur conciliabule jusqu'à 6 heures, heure à laquelle, apr~s avoir entendu .\rnold, du Cornilé central, ils décidaient de l'envoi d'une diMgation à lïlùtel de \ïlle. Composaient la délégation : Clemenceau, Courncl, Lockroy, )lillière, Tola in, députés; Bonvalet el )lottu, maires: Jaclard, ~Jalon, Meillet, Murat, adjoints. Le Comité central rnçul ses visiteurs en séance. La discussion fut chaude. Clemenceau porta la parole pour son camp, et, dès l'abord, se plaça sur le terrain Versaillais, le terrain de la reconnais,ance el du respect de l'.\ssemblée nationale. Millière, 1lalon, qui étaient de cœur arec le mouvement el allaient s'y rallier, intervinrent avec 1>lus de conciliation et de cordialité. \'arlin répondit au nom du Comité central el posa catégoriquement les termes du problème. On nous demande ce que nous voulons, ch bien, voici, dit-il,« nous ,·oulons un Conseil élu, les franchises communales. la suppression de. la préfecture de police, le droit pour la garde nationale de nommer tous ses officiers, la remise entière des loyers. une loi équitable sur les échéances; nous voulons enfin que l'armée se relire à vingt lieues de Paris "· La déclaration était nette. Restait à la faire ouïr aux mai,·es el députés assemblés, telle que leurs mandataires venaient de l'entendre. Arnold, Jourde, Moreau el Varlin en furent chargés.
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