J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

IIISTOlflE SOCI.\LISTE 27:J redouter. l"n seul coup de fusil tiré sur les Prussiens cl cc pou vail être, c'était sùremcnl les hostilités recommençant, la guerre des rues, Paris à feu el à sang. Ici, ce qui restait du Comité central des vingt arrondissements, a,·ec le Conseil fédéral de l'lnlernalionate cl la Fédération des Chambres syndicales, bref les socialistes intervinrent. lis remontrèrent à la garde nationale l'inutilité, la folie d'une pareille aventure. è\'ous nous som·enons, insistaient-ils, des lugub1·cs journées de juin. Toute allaque aujourd"hui comme alors ne servirait qu'à désigner le peuple aux coups des ennemis de la Révolution qui noieraient les revendications sociales clans un fleuve de sang. Celle YOix fut entendue. Le Comjlé provisoire de la garde nationale se rangea à cet avis, le seul sage, le seul admissible dans les circonstances. ~!ème il le fil crânement et en r<!connaissant son erreur première. Par affiche il disait: « Le Comité central. qui avait émis une opinon contraire, déclare qu'il se rallie à la résolution suivante: li sera établi, loul autour des quartiers que doit occuper l'ennemi, une série de barricades propres à isoler complètement cette partie de la ville. Les habitants de la région circonscrite dans ces limites devront l'évacuer immédiatement. La garde nationale, de conce1·t avec l'armée, formée en cordon tout autour, veillera à ce que l'ennemi, ainsi isolé sui· un sol qui ne sera plus notre ville, ne j)Uisse, en aucune fa~on, communiquer avec les parties retranchées de Paris. Le Comité central engage clone toute la garde nationale à prêter son concours à l'exécution des mesures nécessaires pour arriver à ce but, et éviter Loule agression, qui serait le renversement immédiat de la République. " Cette consigne fut strictement obéie. Son observation parait à un grand danger. Elle affirmait aussi la force el le crédit grandissants de la nouvelle inslilulion, de ce Comité provisoire de la garde nationale qui, en des minutes particulièrement tragiques, se subsliluail au gouvernement, parlait sans détours, honnêlemenl, franchement à la population, l'apaisait, l'inclinait vers une attitude à la fois ,digne el sage. Le Guillaume de Prusse, devenu empereur d'Allemagne, el qui, par deux fois, avait pénétré dans Paris dans d•s circonstances identiques, en 1815 et 18ïl, put juger mieux qu'aucun du contraste éloquent qu'ofTrirent les de_ux occupations. En 1815, les boulevards firent fète aux vainqueurs de Xapoléon, accueillis avec des bouquets, des sourires et des baisers par les femmes de la haule : monde ou demi-monde. X ulle réserve, nul regret chez les classes dites supérieures; l'indifTérence loul au plus chez les gens du peuple. En 18ïl, c'est une ville morte qu'entrevirent les Prussiens demeurés cantonnés. selon la lettre de la convention, entre la Seine, la place de la-Concorde, la rue du FaubourgSaint-Honoré, l'avenue des Ternes, n·osant pas pousser au-delà, ne le pouvant pas. Les rues étaient désertes, les devantures des magasins el boutiques baissées avec la mention« fermé pour cause de deuil public", des drapeaux noirs nouaient sur tous les édifices nationaux el communaux, à nombre de

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