J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

IIISTOIRE SOCf.\Ll8TE 271 spécifiquement ouvriers, auxquels leurs ressources inlerdisaienl le déplacement, étaient rentrés pour leur part dans leurs quartiers respectifs, dans leurs bataillons. Ce fut ainsi, très naturellement, que les éléments plus modérés, plus incertains, groupés dans la garde nationale, prirent le dessus el orientèrent le mouvement. La garde nationale, expression armée de l'~nsemble de la population, redevint dans celle période confuse et intermédiaire le connuent de toutes les rancœurs, de Ioules le8 irritations, de toutes les passions, de toutes les exaltations à la fois patriotiques, républicaines et socialistes. Dans ce milieu plus vaste, plus atténué par suite, une idée dominait audessus de Ioules autres, à savoir que la République, voulue par Paris dès l'empire, contre la province, conquise par Paris de houle lutte au 4 septembre, en dehors de Ioule ingérence de la province, était menacée dans son existence m~me et par cette province et par son Assemblée de ruraux réunie à Bordeaux. Paris avait une mission, mission historique s'imposant à lui d"honneur et à laquelle il ne pouvait forfaire: mission de conserver, de sauvegarder cette R6publique et ainsi de prendre, jusque sur ses vainqueurs allemands, une sor:e de revanche en leur inOigeanl le voisinage el la menace contagieuse d'un régime politique supérieur au leur. Or, pour maintenir, implanter la République il importait avant tout que Paris, gardant ses fusils et ses canons demeurât en situation d'assumer, si besoin était, le rôle de sentinelle vigilante de l'iMe nouvelle et du fait acquis. li fallait donc que la garde nationale ne fùt pas désarmée, qu'après comme pendant le siège elle reslâl la force armée ou plus simplement la force. Les patriotes purs, par une aberration étrange, mais compréhensible en ces temps, croyaient aussi que Paris ainsi fait pouvait incontinent reprendre la lutte contre l'envabisseur, que, délivré des gouvernants qui l'avaient dupé, des généraux qui l'avaient trahi, des Favre el des Trochu, des Simon et Jes Ducrot, il se trouvait en mesure, avec sa garde nationale, de reprendre la guerre el, la ~·rance du Centre el du Midi encore incertaine aidant, de rejeter le Prussien par delà le Rhin. Espoir chimérique, hallucination folle, mais qui s·explique devanl une paix conclue sans combat, sans que l'effort possible, imploré par ceux mêmes qui s'offraient prt'ls d'avance à tous les sacrifices ait été fourni, sana que Paris ouvrier et révolutionnaire ait pu donner sur le champ de bataille la mesure de sa vaillance el de sa valeur. Voilà les idées divergenlA!!s,les tendances multiples sinon contradictoires. car elles se reconciliaienl el se conjugaie11t dans l'identité du but poursuivi, qui p.,.idèrenl à la reconstitution des cadres de la garde nationale et à la formation de son Comité central. Ce sont ces idées, crs tendances qui s'accuerrenl aux grands meetings du Waux-llall, solidarisant pour un instant dans une YOlonlé commune et une résistance commune, la presque unanimité de la population parisienne el qui donnèrent au mouvement à côté de la caracléris-

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