J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 247 « Jouer à faux, de ~on chef, la, partie de la liberté, peul-ôlrc d'une nation loul en lière esl une faute, souvent irréparable, donl rien ne saurail absoudre». Blanqui déclare que c'était lrop loi ou trop lard. Trop lot : puisque le peuple n'élail pas encore assez averti el excité par l'olenduc du désastre. Trop lard, puisque déjà, Je 14 août, Bazaine avait commencé à se laisser bloquer dans Melz. Cependant si la République avait élé proclamée cc jour là, Mac-Mahon n'aurait pas marché vers Sedan: el• ses cenl cinquante millo hommes, appuyés sur Paris, se changeaient en armée invincible ». Que le peuple de Paris ait ainsi attendu, c'esl bien Je signe que le souffle de la Révolution élail lrop languissant et débile. Non seulement le people ne proclama pas à lemps la République, mais il ne seconda pas par des mouvemenls de la rue les timides ellorls des députés de la gauche pour dessaisir la régence el décider le Corps législatif à prendreen main le gouvernemenl au nom de la France menacée. Quand vinl le 4 Septembre, loules les forces organisées de la France étaient dans le gouffre; el la République, pour appeler, encadrer, éduquer des forces nouvelles, ne pouvait se couvrir du moindre débris des armées anciennes. L'armée de Mac-Mahon était prisonnière : celle de Bazaine était bloquée, deux fois bloquée, par l'ennemi el pnr la trahison. Cependant, si le gouvernement de la Défense nationale avait été animé d'un vigoureux esprit el s'il avait pu compter sur l'esprit républicain de la France, le désnslre pouvait encore êlre réparé. M. de Bismarck l'edoulail deux choses. li craignait qu'une Assemblée nalionale·convoquée aussilôlsurexcitnl l'énergie du pays. Legouvernement de la Défense nationale hésita. li songea d'abord à convoquer une Assemblée: puis il ajourna, puis il y renonça, par la raison cl sous lo prétexte qu'une partie du sol était occupée par les Prussiens: C'est sans doute un grand malheur que les hommes de la Hévolulion du 4 Septembre n'aient pu faire appel à la France, avec la certitude qu'elle ferait une réponse à la fois républicaine el nationale. Si une grande assemblée élue dans la tempille avait proclamé quo la République élait désormais le gouvernement légal el définilif, si elle avait signifié au monde qu'elle élail prêle à faire la paix, qu'elle prendrait l'engagement de ne pas inquiéter l'Allemagne el de reconnallrc son unité, si elle avait affirmé, comme Jules ~·avre le fit en son nom propre el sans autorité à l'entrevue de Ferl'iére, qu'elle accepterait pour l'avemr une convention d'arbitrage avec l'Allemagne, mais si elle avait ajouté en même temps qu'elle ne consentira il à aucune mutila lion de la patrie, l'ellet aurait été très grand sans doute el en France et en Europe : el grand l'embarras de la Prusse mililarisle. Mais le fond de la nation était encore si imprégné de servitude que sans doule la France n'e0I constitué qu'une assemblée incertaine, républicaine de nom, mais sans vigueur el sans foi. Paris, du moins, va-l-il déployer un grand effort? C'était la deuxième crainte de M. de Bismarck. l,;n momenl, après Sedan, il songea qu'il vaudrait

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==