246 HISTOIRE SOCIALISTE Les élections de 1869, mcllanl dchoul trois millions d'opposanls, a.aient réveillé les cœurs. Gambclla annon~ail la victoire ·prochaine par la seule aclion du sunragc universel. Dans celle opposition mêlée, le parti républicain dominait, au moins dans les grandes villes. Mais le plébiscite rabaltil celle confiance. Ayant à se prononcer direclemcnl sur l'Empire, le pays lui donna une majorité immense. Ah I quelle lourde pierre de servi Lude pesa il encore sur la palrie! Certes, le courage des républicains ne fui pas brisé. Leur propagande continua, audacieuse el active, cl une avanl-garde ouvrière cl socialislo se forma, qui renouvellerait bientôt l'esprit républicain, un peu amorli par les longues habiletés de l'opposition parlementaire. Mais qu'était encore tout cela à côté de l'énorme masse qui venait de ratifier une fois do plus sa propre déchéance el l'universelle servitude? f:L comment, sous l'élourdissemenl de ce coup, la force populaire el républicaine aurait-elle pu d'emblée, dès la déclaraLionde guerre, ou m~me dès les premières défaites cl avant l'irréparnble, saisir les événements? Le nombre des hommes résolus à accomplir une révolution républicaine pour mieux défendre la patrie était infime. La pelile poignée de héros qui, le 16aoOl, avec Blanqui, Eudes, Granger, essaya un coup de main sur le poste de La Villelle, dans l'espoir d'ébranler Paris, fut comme englouti dans la réprobation ou l'élonnemenl de tous. C'est Blt\nqui lui-même qui le constate avec une poignante lrislesse : • ... Les insurgés ... se mirenl en morche Yers Belleville par le boulevard extérieur. li fui alors évident pour eux que leur projet n'avait aucune chance 'de réussite. La populalion paraissait frappée de stupeur. Attirée tout à la fois par la curiosité el retenue par la craihle, elle se tenait, immobile el muelte, adossée des deux côtés aux maisons. Le boulevard parcouru par les insurgés restait complèlemenl désert. En vain ils faisaient appel aux spectateurs par les cris : • Vive la République! Mort oui. Prussiens! Aui,: armes~» Pas un mot, pas un geste ne répondaient à ces excitations. Les chers de l'entreprise avaient supposé que la gravité de la situation et les tumulles des jours précédents seraient des motifs surfisa,nts pour rallier les masses. Mais un certain découragement avait succédé aux émotions impuissantes des premiers jours. Les idées / prenaient un autre courant. Elles tournaient au soup,;on, à la crainte exagérée de l'espionnage prussien. » Mais, s'il y avait eu une forte préparation républicaine el révolutionnaire, le peuple auraït..il commis cetle méprise? N'aurait-il pas, dès le lendemain de Reischofîen cl de Forbach, profilé de l'ébranlemenl des premiers désastres pour renverser l'Empire el sauver la patrie? Cn mois après, Blanqui écrivait : « Paris comprend que ces hommes ont voulu faire, le 16 aoOl, ce qui s'est accompli le 4 septembre. Ils se sonl trompés, sans doute, l'heure n'était pas venue; il faut savoir la deviner, el, dans des qucs\ions si redoutables, la méprise, l'erreur de calcul devient une lourde responsabilité. « J'ai cru » n'a jamais été une juatiflcatioo. »
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==