J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 203 s'il avait dit que le roi de Prusse avait interrogé le prince Antoine el le prince Léopold, c'est bien du roi de Prusse, malgré son silence, que le désistement aurait paru venir: el le détour de la nouvelle n'en aurait r,as caché la véritable origine. Mais la dépêche du prince Antoine ainsi présentée, Ioule seule el lardivemenl,aux passions excitées des uns, aux colères calculatrices des autres, fournissait prétexte trop facile aux belles indignai ions de fierté. Voilà donc loul ce que le gouvernemrnl avait obtenu! Le roi de Prusse nr daignait même pas lui donner la moindre garantie! El la France n'avait en mains, pour Ioule réparation, pour Loule satisfaction, pour toute sauvegarde, que la dépêche du prince Antoine. Ce fut aussitôt le thème des enragés de la droite autoritaire el de tous les ambitieux, de tous les intrigants en quMe d'aventures sinistres. M. Clément Duvernois, surtout. qui ne pardonnait pas à son ancien ami, M. Emile Ollivier, de ne pas l'avoir appelé au ministère, faisait rage el déposait une demande d'interpellation qui fol ajournée au lendemain. Cependant, si M. Emile Ollivier avait répondu avec fermeté, avec habileté, à ces propos de guerre el de délire. il pouvait les refouler encore. A M. Thiers, qui l'adjurait de ne compromellre par aucun éclat le résullal obtenu, il avait répondu d'abord : « Soyez tranquille, nous tenons la paix, nous ne la laisserons pas échapper•· Puis son esprit, sans consistance el sans probité profonde, se laissa émouvoir par les clameurs des forcenés: el quant il alla, vers trois heures et demie, au quai d'Orsay, pour conférer avec M. de Gramont, il n'y apportait déjà plus une ferme el irréductible volonté de paix. Au lieu de dire : l"incident est clos et il y aurait folie à le renouer, il approuve la tentative nouvelle auprès du rui de Prusse; il joint ses instances à celles de M. de Gramont auprès de ~I. de Werther et il approuve sans doute le projet de note, si le duc de Gramont a daigné le lui communiquer. Les ministres étaient donc à la dérive. Mais qu"allait faire l'Empereur7 L"ambassadeur d'Italie, )1. Nigra, qui était l'ami et le familier des Tuileries, affirme que le premier mouvement de l'Empereur fut de considérer la dépêche du prince Antoine comme la solution du conflit. Napoléon le manda à 3 heures aux Tuileries, et lui montrant la d•pêche, il lui dit:• C'est la poix. Je vous ai appelé pour quo vous télégraphiez la nouvelle à votre gouvernement. Je n'ai pas eu le temps d'écrire au Roi. Je sais bien que l'opinion publique est si exallée qu'elle aurait préféré la guerre. Mais la renonciation est une solution satisfaisante el supprime au moins, pour le présent, tout prétexte à hostilité •· Au moment où le souverain tenait ce langage, le duc de Gramont avait déjà, par sa demande d'excuses, rouvert le connit. Voilà où en était« le pouvoir fort». El combien de temps, d'ailleurs, se maintiendrait la volonté de l"Empereur lui-même 7 11 alla à Saiol-Cloud, où était l'impératrice. Le duc de Gramont y alla aussi. ·Et c'est dans cet entretien, qui dura une heure environ, que fut prise la décision fatale de oe pas se contenter du relrail de la candidature Hohenzollern, meme approuvée par le roi de Prusse, mais de demander encore à

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