J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

202 HISTOIRE SOCIALISTE elail s011amure. " Et il discute en chicaneau dépilé tous les termes du télégramme, comme si le retrait de la candidature ne valait point par la seule force du fait 1 C'est dans celle disposition d'esprit et méditant une revanche qu'il reprit avec l'ambassadeur· de Prusse l'entret1e11un moment suspendu par la communication urgente, de M. Olozaga. El, tout de suile, il s'applique à engager à fond le roi de Prusse. Précisément, ~l. de \Verther proteste que celui-ci n'a aucune inlenlion agressive ou hostile; que, s'il a autorisé la candidature de son cousin, c'est sans aucune arri~re-pensée mauvaise à l'égard de la France, Le grand diplomate eut alors une idée de génie. Puisque l'ambassadeur de Prusse se porte garant des bons sentiments de son souverain, pourquoi ne se chargerait-il pas J'oblenir que celui-ci donne forme à ces senliments? Ce qu'on n'avait pu obtenir par M. Benedetti, on l'aurait par M. de \\'erther, el ce seralt l'habileté suprêm~. Il suggèra donc à celui-ci les termes d'une déclaration que pourrait faire le roi de Prusse, el, de peur que le roi de Prusse n'en disposât pa~ le texte tout à fait au gré de M. de Gramont, celui-ci voulut bien prendre la peine de la rédiger lui-même; el il remit à M. de \\'erlher, le 12juillet, sur le coup de 3 heures, un bon petit projet ainsi conçu : « En autorisant le prince Léopold de Hohenzollern à accepltr la couronne d'Espagne, le roi ne croyait pas porter atteinte aux intérêts el à la dignité de la nation française. Sa Majesté s'associe à la renoncialion du prince de Hohenzolfern el exprime son désir que toute cause de mésintelligence disparaisse 0désormais entre son gouvernement el celui de !'Empereur. » Que l'ambassadeur prussien ail reçu celte note, qu'il ait accepté mème un instant de la transmettre, cela ne peul guère s'expliquer que par la force pacifique des instruclions qu'il avait reçues à Ems. Plus le roi manœuvrait pour se dégager personnellement, plus il lui importail de bien persuader à la France qu'il n'avait eu aucune arrière-pensée offonsanle ou hostile. Ayant abondé en ce sens, i\l. de \\'erther crut pouvoir accueillir le projet de note que M. de Gramont lui remettait. Mais que celui-ci n'ait pas pressenti un instant que celle note ne pouvait être interprétée par le v'ainqueur de 1866 el p.ar son ministre, que comme une formule d'excuses, cela passe l'esprit. Il affirme qu'il n'y a pas pensé, el il faut le croire : mais il faut ajouter tout de Suite ce que disait M. de Bismarck : Cel homme est stupide. Ainsi, au retrait de la candidature, qui lui parvenait de Sigmaringen par le circuit de Madrid, mais <1uin'avait pu se produire sans le consentement du Roi, il répondait immédiament, le vaniteux niais, en demandant au Roi une lettre directe, el en la rédigeant lui-même. C'est cette ineptie infatuée qui disposait de la France: le coup irréparable était porté. Pendant que se jouait au Quai d'Orsay ce drame, la nouvelle, imprudemment colportée au Palais-Bourbon par ~I. Emile Ollivier, y soulevait un orage. Si le gouvernement avait tenu le Corps législatif au courant des négociations,

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