J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HlSTOIRE: SOCIALISTE: 201 Mais loul d·abord une question se pose: Commenl se fail-il que ~f. de Gramonl n·ait connu qu·à ce moment-là, et par l'ambassadeur d'Espai;-ne, celle dépêche? If semble bien que M. Emile Ollivier lo connaissait et l'avait en main depuis environ midi, c'esl-à-dire depuis 1>lusicurs heures, ~oil qu'elle lui ct\1 élé immédiatement communiquée de l'ambassade d'Espagne, soit qu·elle ft\l en double et qu'elle ft\t passée sous les yeux du ministre de l'Intérieur, so1l <1u·ayant élé remise aux agences en même lcmps 'lu·elle était expédiée à l'ambassadeur espagnol, elle ft\t parvenue par celle voie à )1. Emile Ollivier. If lui parut qu'après Ioules les imprudences commises c·étail le salut, el ne se tenant pas de joie, il alla tout d'abord, où? Trouver )1. de Gramont, qui avait la charge officielle de la négociation• el s·enlendre avec lui sur les cons(•- quences de celle dépêche, sur les déci•ions à prendre. sur les communications à faire au Corps législatif•/ Pas le moins du monde. If néglige M. de Gramont. If ne le fait mème pas averlir, el il va au Palais-Bourbon. If n'allend même pas d'y l!lre arrivé pour laisser échapper la grande nouvcll,•. En chemin, ayant renconlri, le direcleur de la LibtrU, il la lui ,·onfie. el l,1enlôl, de groupe en groupe à Loule la Chambre. c·est, je crois, le plus prodigieux exemple d'anarchie donné par un régime. C-esl si stupéfiant qu·on est tenté de penser que ~I. de Gramont, diplomate correct el gourmé, n'arnue dans son livre avoir connu la dépêche de Sigmaringen que par la communication officielle de l'ambassadeur, mais qu0 il en avait d'ab,,rd connaissance ofr.cicuse par son collègue. el dans le récit que fait de ces journées )1. de la Gorce: hislorien d'ailleurs très sagace el très net, il semble quïl y ail une confusion à cet égard. Mais le doute n'est pas possible. Le lexle même de la dépêche très confidentielle adressée par ~f. de Gramont à Benedelli, montre bien que lors4u'il ra lancée, c·esl-à-dire à 2 h. 15 selon la nolalion de 13enedelli, à I h. 10 selon la notation de M. de Gramonl, il ne sa\'ail rien de la dépèche à )1. Olo,aga, car pour le presser de commellre le roi de Prusse dans la décision du prince Léopold, il n'aurait pas manqué de lui signaler que déjà. par le circuil de l'Espagne, le roi de Prusse cherchait à éluder Ioule apparence dïnlervenlion direclc. Au demeurant, M. le duc de Cramont le déclare formellement: • Le !{OU· verncmenl se trouvait e·n présence d'u·ne situation nouvelle: les deux dépèches, expédiées une heure aupara\'aol au comle Benedelli, devenaient inuliles. » Ainsi, pendant deux ou trois heures, M. Emile Ollivier eul la dépêche sans que M. de Gramont en fùl informé. Le Palais-Bourbon cl le quai d·Orsay sont contigus; cependant les deux hommes agirent, l'un au Palais-Bourbon, l'aulre au quai d'Orsay, sans s·èlre concertés, sans avoir tout d 0 abord délibéré un instant. M. de Gramont fit très méchant accueil à la communicalion CSJ)agnolt. C'était une victoire pour la paix; cc n°élait pas une victoire pour rorgueil du ministre français. « M. Olozaga se félicitait de celle solution. car, au point de vue du cabinet de MaJrid, elle était d'autant plus complèle qu·en vérité tlle

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