Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE 83 Hcmplaccr la licence de Ja t1·ibunc cl les lullcs érnouvanlrs qui amenaient la ehutc ou l'élé,·ation des ministères par u~1c discussion libre, mais <"aime cl sérieuse, était un service signalé rendu au pays el ù la liberté nu.'.mc, car la liberté n'a pas d'ennemis plus redoutables que les emportements de la passion cl la dolcncc de la pa, oie. Fort du concours des g-rands corps de l'l~tat et du <l«houemcnt de l'armée, fort sui tout de l'appui de cc peuple qui sait que tous mes instants sont consacl'és ù ses intérêts, j'cntrc,·ois pour not1·c patrie u11 a,·cnir plein <l'es• poir. La France, sans froisser les droits de personne, a rrpris dans le monde le rang qui lui con,·cnai Let peul se li \'l'CI' avec sécurité i1 tout c~ q uc pl'ocluit de grand le génie de la paix. Que Dieu ne se lasse pas de la protéger, cl bicnlùl l'on pourra dire de notre époque cc qu'un homme d'l::tal, historien illustre et national, a écrit du Consulat : << La satisfaction était partout, cl quiconque n'a,·ait pas dans le cccur les mauvaises passions des partis était heureux du bo11he,u· public. » Les peuples heul'cux n'ont pas d'histoire. l.a tumultueuse histoire fran- <;aise semblait s'être arrêtée. Ces partis, naguère si agités, ces classes acherses dont la lulle sanglante a,ait troublé tous les tœurs en juin L,8, cc:; rnasses ouvrières tourmentées de leur axenir, tout ce monde 01·agcux se1nblait s'être apaisé, ,, l'ordre d,, :\'apoléon. La vérité était qu'à l'heure 011 le parti républicain rccongtitué faisait dans le pays une propagande heureuse, i.1 l'heu1·e où les 011,Ticrs des dlles, appre11ant la pratique de l'association, pou,·aienl de nou,·cau e:-:përcr une émancipation prochaine, à l'heure oll les paysans mèn1e commen<;aicnt de se réconcilier a,·ec Je_, autres prolétail'es, IP pri11re-prCsident, jouant habilement des passions de tous cl abusant du pou,·oir qu·on lui a,·ait abandonné, s'était emparé <le la France. La lassitude <les uns, la peur ~les autre::. étaient telles que le système de violence, de compl'cssion el d'hypocl'ites a,·ances, par lequel il avait comme suspendu l'éw)lution réguliè,·c des partis et des classes, avait pleinement réussi. Il n'a,·ail eu qu·Lon souci: I1affcrmisscmcnt de son pouvoir, l'a,·cnir de sa dy11astic. Pour ra\'cnir <le sa.dynastie, il a,·ail décimé P.l proscrit les républicains, qui pouvaient troubler encore la paix napoll'onienne. Pour l'a,·eni1· de sa dynastie, il a\'ait donné à toutes les classes des satisfactions 111atériellcs, aux hourgeois <le grandes affaires, au., ouvriers <le grands tra,·aux et <lu pain i, bon marché; il :.n-ait surexcité chez les uns le goùt cr entreprendre et il révciilait chez les autres le souci de leur condition. Poul' l'a,·enir de sa dynastie, enco1·c, il a,·ait cherché la g-Ioire sur les champs de bataille de Cri111éc; il avait ~éveillé l'amour-propre national des Français; cl il avait utilisé tes ambitions particulières des dh·crses nations européennes. ~tais qui pouvait se flatter de contenir louj~urs, ou de diriger à son p1·ofit ces forces immenses de l'histoire, les rc,·endications des classes ou les espérances nationales ? Là est le dt'ame du Second Empire. Ces fol'ccs, un

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