Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

suffrnge unÎ\'C~sel, discutanl et ,·otant les lois et I<"hudg-et, « une seconde Assemblée » le Sénat, nommée par le Président comme 1< g-ardicnue <lu parte fondamental cl des libertés publiques•· Cette fois le Président a,·ait un pouvoii· for·L: il a,·ait tout le pouvoir. C'était lui ~1ui nommait ü tous les emplois, déclarait la guenc. négociait et faisait seul les traités, décidait l'état <le siëg-r. Seul, il avait lïnitiati,·c des lois. La Chambre, dont Lous les rncmbrcs lui pn'taient serment, nr pouvait discute,· que sur ses projets. Les ministres étaient choisis par lui, ils nC' dépendaient que de lui; ils n•étaienl plus responsables. l.ui seul était rcspo11sablc, mais non dcvanl un co1·ps constitué. Il n'était l'Csponsahlc que dc,ant le peuple, souverain théorique, qui, par ses plébisrites, ses oui ou ses non, exprimait son approbation ou sa déRapprobation. Ccst donc le rétablissement du Consulat, a\'CC celle différence pourta11t que la Constitution de 18:i2 admet une Chaml,rc élue directement par les électeurs; qu'elle conser\'e, qu·cllc pose m<.~rneeomme le fondement légal du régime le suffrage uni,·crscl. la conquête de 18'1$. Le suffrage universel peut êlt·c faussé, élouffé, souillé : les partisans du pouvoir fort n'ont pas osé l'anéantir; cl c'est par lui que la liberté rrvie_ndra, cest autour de lui que les républicains bientôt se retrou\'eronl. ,\lais c'est l'heure de la dictature. Tandis que ~I. de Morny charge les préfets d'organiser le suffrage unh·ersel, et leur indique comment il faut foireles divisions électorales « d'une faço11 intelligente», tandis quïl leur apprend il rendre mensongères toutes les garanties accordées par la Constitution, le prince-président multiplie, avant même la réunion du Corps législatif, les décrets ayant force de lois, qu'il est autorisé à rendre. Toul de suite, il ,·eul parfaire l'œu,Te du 2 Décembre. Hien n'est plus curieux que l'aclÎ\'ilé dépensée alors par le prince-président, pendant ces mois de dictature. Tiraillé entre le n~ve d'organisation qu'il a con\'U et la réalité complexe issue du coup d'l\at cl de la résistance au coup d'Etat, désireux de gagner la classe ou"rière, de la séduire, nH~mc dans ses éléments les plus a,·ancés, et contraint de donner des gages :, ~lontalembert, aux cléricaux qui sont, au fond, cl de par l'histoire mê,ne des dernières années, les soutiens du régime, il multiplie les petites réformes, s'efforce de con·tentcr· toutes les classes, de rallier à lui tous les suffrages, de devenir ,·rai ment, maintenant, une fois les« anarchistes» contenus, 1e prince populaire cher à la nation. Les factieux disparus, la masse l'approu\'era, l'aimera. Avant que les Chambres ne soient réunies, il veut, pour ainsi dire, avoir donné au pays sa direction; avoir manifesté clairement cc que sera son ' gouvernement. Et c'est pour cela qu'il multiplie ses décrets, réglant toutes les questions pendantes, prenant des initiatives que la ·chambre, paralysée par sa lutte cont,e lui, n'a pas pu prendre, mais que bien souvent· elle a préparés. De ces décrets, beaucoup ont subsisté: mais rien n'est mesquin

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