Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIBE SOC:IAI.ISTE ,·,•lui du registre; clés le G, ~I. de Mornr se résignait à ne point demander « aux fonrtionnaircs dr l'ordre judiciaire ou aut1·es un vote d'adhésiou au~ mesures politiques ou judiciaires qui ,cnaicnt do s'arcomplir ». Les auteurs du Coup d'Î-:1a1 venaient d'apprendre subitement que leur politique hypocrite des derniers mois, que leurs efforts pour détourner le peuple de ses représentants démùcrates, 011 pour le dégoliter à jamais des assemblées délibérantes, n'avaient pas encore porté tous leurs fruits. lis allaient •'Ire contraints, pour se• maintenir, de s'appuyer plus que jamais à droite, sur les conscn·ateurs, sur les déricaux, sm· les honuncs de l'ordre, sur lous l,·s partisans de la paix sociale. Pour pratiquer la ,·,•aie politique impériale, césarienne, napoléonirnnc. pour avoir raffcclion d'un peuple qui se contenterait de bienfaits, il faudrait dom· attendre encore, réprimer encore. Louis-:iapoléon a,·ait pu n',cr d'un l~mpirc démocratique, d'un Empire 011\'l'ier, d'un Empire républicain, comme la légende définissait le premier. En fait, depuis des années, il n'a,·ait agi qu·a,ec les eonscrratcurs, qu'a,ec ks catholiques: c'étr.it avec leur complici1,· qu'il avait établi son pouvoir, et il ne s'était séparé de la majorité que pour g-arder sa conquête, pour lui seul. ~lais les républicains ne s'y trompaient pas: c'était avec leurs acl,·crsaires, en dépit du malentendu de clécemhre, qu'il gou,·ernait. C'était,, eux tout au moins qu'il devait des gages. Et les procureurs-généraux, les préfets, tous les agents qui depuis des années travaillaient il l'oppression des démocrates l'a,·aient compris ainsi. Dès les premiers jours, alors que l'annonce du coup d'f,tat a,·ait plongé tout le monde dans l'inquiétude, ils s'étaient appliqués à ,·assurer les consc1·,·atcurs, ,, leur montrer que Louis-Napoléon avait travaillé pour eux, à leur signaler les désordres dont les menaçait le prochain triomphe républicain. Et la ré~istance même des départements soulevés devenait pour eux un argument, dont ils allaient savoir user. li y avait encore des factieux à réprimer: et pour la répression, on allait celle fois, ouvertement, utiliser les haines ou les peurs locales. Rien n'est plus symbolique il cet égard que le rapport du procureur général de la Cour d'Appcl de lliom, le ,, décembre, rapport cité par ~1. Tchernoff (loc. cit, p. 56). « Un certain nombre de citoyens honorables, écrit-il se sont rendus chez moi, et m'ont demandé si j'approuve qu'une r(•union d'hommes d'ordre ail lieu pour s'entendre sur les moyens de résistance en cas d'allaquc de la part de la démagogie. ~on seulement j'ai répondu que j'approuvais la mesure, mais j'ai envoyé ,1 la réunion mes deux substituts en priant de déclarer que mon premier a,·ocat général... tenait à ètrc inscrit sur la liste et que, moimème, je serais très empressé, le cas échéant, de me mettre ù lrur tète, lr fi,sil à la main. N Les conservateurs, les hommes de l'ordre, groupés derrière les représentants de l'autorité, le fusil à la. main, conlre les républicains el les ouvriers socialistes, c'était à cc groupement des Co~cesqu'aboutissait le coup

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